Piarakandro : L’ÉCHO DU BEKO
12 septembre 2012 - Cultures Music Musiques commentaires   //   1659 Views   //   N°: 32

Les « garçons vachers » reviennent avec un second album bourré au beko, ces vastes chants polyphoniques du Grand Sud dont ils se veulent les gardiens. Puristes mais sans ornières, ils vont jusqu’à reprendre des tubes de variété acclimatés au blues des Antandroy. Gare à la transe ! 

Piarakandro en dialecte vezo signifie gardiens de zébus. Vachers, cow-boys si vous préférez. Une activité quasi sacrée dans le Grand Sud consistant – comme dans l’Ouest américain – à accompagner les troupeaux dans leur longue transhumance. Mais le soir, sous les tamariniers, quand les piarakandro tapent le boeuf, ce n’est pas au son d’un country que ça se passe, mais aux accents du beko, le blues des Antandroy ! Un genre ancestral dont Piarakandro, le groupe, se veut également le « gardien ». « Chez nous, tout le monde migre vers la capitale et laisse tomber en ruine son village et sa culture. Les plus jeunes ne savent même plus ce qu’est le beko », s’insurge Jao, le leader et chanteur du groupe, qui a passé toute son enfance à Betioky.

Quand il fonde Piarakandro en 2009, c’est « pour le beko et rien que le beko ». Ce vaste chant polyphonique s’entonne jusqu’à la transe avec ses morceaux de bravoure échangés a capella entre le récitant et les choristes. À travers lui, c’est le Grand Sud pauvre et aride qui pousse sa plainte. Kabary Ambany Kily (discours sous le tamarinier), comme l’énonçait l’un de leurs précédents spectacles.

Pour les accompagner, le son grave du marovany, sorte de valiha en bois ou en tôle, sur lequel Jao vient s’éplucher les doigts. À huit, dix ou douze cordes, l’instrument n’a plus de secrets pour lui, ayant été initié par Baba Doara, le grand maître de l’Androy. Également deux guitares, celles de Francky et Rija, des percussions (signées Jacky) et un gros aponga (tambour traditionnel) servi par Mamitiana.

En 2011, dans le cadre de la promotion de Nazarea, leur premier album, ils s’étaient adjoint le concours de Nambinina dont les « machines électro » les plongeaient sans crier gare dans le XXIe siècle des boîtes à rythme ! Mais c’est la particularité de ce groupe constitué d’authentiques puristes de ne pas craindre de se coltiner avec le tout-venant de la variété locale. Ils le montrent encore dans leur second opus en incorporant des tubes malgaches repris à la façon beko !

Ce syncrétisme n’est sans doute pas étranger au fait qu’ils se sont fait connaître du grand public en participant en 2010 à l’émission de téléréalité Vox Pop, sorte de Star’Ac malgache qui leur vaudra de se voir offrir une bourse d’études par l’ambassade des États-Unis ! Entre autres surprises, on les verra reprendre la chanson Foiko Manontolo de Bessa sy Lôla réarrangée Grand Sud. Dans le même moment, le groupe joue avec les plus grands, Bakomanga ou Rola Gamana, et se paye même le luxe de concourir par deux fois (en 2009 et 2011) au prestigieux Prix Musique de l’océan Indien.

« Nous aimons jouer avec le patrimoine gasy, l’acclimater à nos traditions, mais nous ne ferons jamais du kawitry », prévient Joa. Encore moins du rock transfrontalier. « À quoi ça servirait de vendre du rock aux Américains, ils ont déjà Metallica et Megadeth », ironise Rija qui enseigne par ailleurs la guitare classique et le jazz… Mot d’ordre : rester eux-mêmes et rien qu’eux-mêmes, en accord avec le beko. Une façon sûre de ne jamais perdre le Sud…  

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