Philippe Fontayne : « La critique fait avancer »
3 février 2015 - Éco Société commentaires   //   3343 Views   //   N°: 61

Trimestriel à vocation économique lancé sur le marché en ce début d’année, M (pour Madagascar) se targue d’un esprit critique prononcé.
La première édition s’attarde sans complaisance sur certains dysfonctionnements ou « particularismes » de l’économie malgache.
Des sujets appelés à évoluer, explique Philippe Fontayne, son directeur de publication. 

À quel lectorat s’adresse M ?
Les thèmes annoncés ce mois – mines, énergie, industries, environnements – sont ceux qu’on a voulu privilégier pour cette fois, mais ils ne sont pas figés. En mars, on ajoutera le développement urbain, le bâtiment…
Notre cible est d’abord professionnelle, mais le magazine sera aussi distribué dans les universités, comme l’Institut d’études politiques (IEP), l’Institut supérieur de la communication des affaires et du management (Iscam), ou l’Institut national des sciences comptables et de l’administration des entreprises (Inscae).

Nous essayons de ne pas mâcher nos mots dans nos articles.
Je pense à celui sur la Jirama où je reviens en partie sur le limogeage de Richard Fienena, ancien ministre de l’Énergie, soi-disant pour arrêter les délestages alors qu’ils continuent de plus belle.
Je pense aussi à celui sur les supposés investisseurs pleins de bonnes intentions, aujourd’hui disparus des radars malgaches.
Je pense que la critique fait avancer.
Il y a énormément de questions que l’on se pose : dans le monde le pétrole baisse, pourquoi à Madagascar le prix de l’essence augmente-t-il ?
S’il y a trop de situations anormales, on doit se donner le droit de les dénoncer, de lancer des alertes, sinon c’est la démocratie qui est en péril. 

Un trimestriel orienté business critique, n’est-ce pas utopique ?
Nos sujets sont décidés à trois en comité de rédaction, parfois aidés de conseillers techniques.
On s’efforce tous trois d’être dans le même état esprit, nous faisons la relecture ensemble.
Mais je reconnais que les écrits les plus critiques sont de moi (rires).
Il faut dire que j’ai eu comme prof d’économie à la Fac de Toulouse Bernard Maris, une des victimes de la tuerie de Charlie Hebdo.
C’est lui qui m’a appris l’insolence.
Je m’adresse à des personnes capables d’accepter et de comprendre la critique.
Pour les prochains numéros, nous animerons des tables rondes où nous confronterons sur un même sujet des personnes aux opinions opposées.
Nos journalistes écriront ensuite un article reflétant les idées sorties de ces débats.
Parmi nos chevaux de bataille, le Code minier que l’on souhaite réformer, mais applique-t-on réellement le code actuel ?
Plus intéressant encore l’or : Madagascar en extrait, mais n’en exporte pas.
Ce sont pourtant 500 millions de dollars par an et 500 000 personnes qui travaillent dans ce secteur.
Encore plus que les zones franches textiles, pourtant c’est un secteur totalement occulté…

M reste un produit cher…
On vise une certaine qualité et cela a son prix : 20 000 ariary en ce qui nous concerne.
Pour les prochains numéros, nous essayerons de le réduire à 10 000 ou 15 000 ariary.
On compte aussi doubler notre tirage qui est de 1 000 exemplaires actuellement.
Le numéro de mars devrait aussi passer de 64 pages à 72 pages.
Bref, on espère grandir, en même temps que notre ligne éditoriale va s’étoffer.
En dehors des thèmes annoncés en couverture, nous faisons aussi un tour d’horizon sur ce qui se passe dans le monde et dans la sous-région de l’océan Indien.
Il y a beaucoup à dire, tout comme la lettre M qui renvoie autant à Madagascar, qu’à monde, monnaie… ou misère.

Propos recueillis par #JoroAndrianasolo

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