Pascal Grimaud
1 mai 2014 - Livres commentaires   //   1538 Views   //   N°: 52

« Les lieux m’importent peu »

Après un premier ouvrage dominé par le noir et blanc, #PascalGrimaud propose un autre regard sur la Grande Ile avec « Mada 67, journal (2009-2013) » publié aux éditions no comment. Avec ce second livre sur Madagascar, le photographe  adopte une approche plus intimiste où la couleur est omniprésente.

Pourquoi « Mada 67 ? »

C’est tout simple. J’ai commencé  à réalisé des photos à Madagascar en 1996 et à l’époque je travaillais en couleur avec un boîtier de format 6 x 7 cm. Lors de mon premier séjour, j’ai écris « Mada 67 » pour les différencier des autres travaux. D’où  ce titre, un peu abstrait mais qui me convient parfaitement. Le livre est donc une sorte de journal, un récit de travail avec des photos issues de mes déambulations solitaires.

Pourquoi le choix de la couleur, cette fois ?

La couleur apporte un nouveau regard. Durant mes nombreux séjours dans la Grande Ile, je vais souvent dans les mêmes endroits. Alors à chaque fois je dois m’étonner moi-même, sortir des sentiers battus, réaliser des choses différentes par rapport à mon travail. Les lieux m’importent peu, si je me déplace, c’est pour renouveler le décor. Je suis passé par le noir et blanc et d’autres formats  comme des plans serrés, des portraits, des photos où l’on retrouve des petits extraits de la vie malgache avec plus de détails. Ce que je veux, c’est vraiment prendre des bouts de quotidien. Dans mon travail, j’ai toujours  une approche très frontale, je suis assez documentaire. Je ne cherche pas à exagérer ou déformer la réalité.

D’où l’absence de thèmes ?

Effectivement, les photos ne sont pas établies dans un ordre précis. Chacun peut les interpréter à sa façon. On peut même y déceler une approche religieuse, un concept que j’ai découvert récemment. Par exemple, pour les trois grandes photos que j’ai exposées en mars à l’Institut Français de Madagascar, il ya quelque chose qui évoque la Cène. Au départ, ce n’était pas voulu. Je suis juste entré dans un restaurant au moment où des gens se levaient de table, et cela ressemblait un peu à l’image de la Cène. Ca m’a paru une évidence. Dans mon travail, j’effectue systémiquement de longues marches quotidiennes. La marche signifie beaucoup de chose dans les religions. Cette rigueur là est importante dans ce que je fais.

Vos photos privilégient plus les situations que les visages…

Je parlerais plutôt d’équilibre. Il y a des photos où je photographie les têtes, d’autres où je me focalise sur le corps, et certaines où ce sont les situations qui m’intéressent. Par exemple, avec la photo de la fille tenant une Bible, je voulais mettre en valeur ce qui est un puissant symbole à Madagascar. Si j’avais montré la visage du personnage, le regard se serait focalisé dessus et aurait oublié l’essentiel.

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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