Opus106 – Reinhart Schwarte : Kolossal inspirateur !
18 avril 2018 - Cultures commentaires   //   1136 Views   //   N°: 99

En Allemagne on dit : « Là où il y a de la musique, on n’a rien à craindre ». Voilà comment Reinhart Schwarte commence le récit de son aventure malgache.

Nous sommes en 1971 sous le régime Tsiranana. L’idée du gouvernement est d’instaurer l’éducation musicale dans les écoles tout en favorisant la diffusion du patrimoine culturel malgache. Un accord de partenariat est signé avec l’Allemagne pour l’envoi d’un musicien malgache dans un Institut Orff et l’accueil d’un professeur de musique allemand à Madagascar. C’est ainsi que Schwarte atterrit sur l’Île rouge. Il commence par parcourir le pays : Toliara, Mananjara, Toamasina… L’objectif est de former des professeurs de musique dans toute l’île. A l’époque, le Département des Arts est rattaché au ministère de l’Éducation nationale. Dans la même période, Schwarte sillonne les villes et villages malgaches avec le valihiste Sylvestre Randafison, à la recherche des trésors de la musique folklorique. Ils créent des festivals, enregistrent les « Hiran’ny vahoaka » (chansons du peuple) pour créer une base de données à partir de laquelle ils commenceront à écrire des partitions.

En 1973, l’État ouvre le Centre national d’enseignement de la musique (aujourd’hui CNEMD) et nomme Reinhart Schwarte à la tête de l’institution. Avec la première équipe du CNEMD, on travaille alors à la création de méthodes pour enseigner la musique malgache (autrement que par l’oreille, NDLR). Malheureusement, les événements politiques de 1976 ont une incidence sur la coopération germano-malgache et notre pédagogue est rapatrié au pays de Goethe. Pas pour très longtemps néanmoins, car Schwarte a déjà une famille à Madagascar. Lorsqu’il revient parmi nous, c’est le Lycée français d’Antananarivo qui l’accueille. Il y donne des cours de musique pendant une dizaine d’années, puis enseigne le chant au Cercle germano-malgache (CGM) durant six ou sept ans avant de fonder sa propre école, l’Académie d’enseignement musical (AEM) qui travaille en collaboration avec l’État et l’Université d’Antananarivo. L’académie a formé à ce jour une cinquantaine de musiciens professeurs de musique et/ou compositeurs.

Ce qui est particulièrement louable chez Reinhart Schwarte, c’est qu’il ne ménage jamais son énergie pour la musique, quelles que soient les difficultés liées au contexte politique et culturel à Madagascar. Ses convictions sont probablement reliées au long cursus qu’il a suivi en Allemagne pour devenir le grand professeur qu’il est aujourd’hui. Car avant de poser ses valises sur la Grande Île, il enseignait la musique et le français dans un lycée allemand… aboutissement d’une formation universitaire en histoire, musicologie, langues romaines, direction d’orchestre, piano, violon et chant dans la ville de Freiburg… On ne plaisante pas avec la musique au pays de Bach !

D’ailleurs, Schwarte se désole du peu de temps qu’il reste aux jeunes Malgaches pour les activités parascolaires, tellement nécessaires pourtant ! « Si l’on pouvait réduire à quarante-cinq minutes (au lieu de cinquante-cinq) la durée de chaque matière enseignée à l’école, les enfants auraient tous les jours suffisamment de temps pour travailler sérieusement un instrument de musique ou une activité sportive, et atteindre un très bon niveau, à l’instar des champions internationaux ». Et d’ajouter dans un grand rire : « D’ailleurs, il y aurait beaucoup moins de criminels s’il y avait plus de musique dans les écoles » ! A bon entendeur…

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