Opus 106 : Sedera Harlala, une perle rare
24 octobre 2017 - Cultures commentaires   //   1381 Views   //   N°: 93

Sedera Harlala avec Aleksey Artemyev au piano

La tessiture qu’on appelle « soprano léger » est très peu courante à Madagascar. Parmi les voix féminines, c’est la plus aiguë et la plus agile, un timbre flûté et pur. Le public malgache n’est donc pas accoutumé à cette couleur, pourtant il n’a pas fallu à Sedera Harlala plus d’un concert pour convaincre Tana de la beauté de son timbre.

De passage au pays il y a quelques mois, la jeune artiste a été soliste soprano du Requiem de Mozart donné par l’Ensemble Vocal Hiraitra en juillet dernier. Natacha Rajemison, présidente du chœur et non moins professeure de chant a particulièrement été touchée par l’aria Rejoice de G.F. Haendel, un des extraits d’oratorio que Sedera a présenté en première partie de ce concert : « C’est la première fois que j’entends une soprano malgache bien interpréter cet air. Elle projette bien, elle est très juste et chante avec grâce ».

Mais d’où vient, cette perle rare ? Née à Tana, Sedera Harlala s’installe au Canada avec sa famille en 1998. De parents musiciens, il n’est pas étonnant qu’elle se démarque du lot dans ses cours de musique et ce, dès le plus jeune âge. En quittant le pays, elle jouait déjà un peu au piano. Une fois au Québec, elle s’inscrit dans un programme externe du Conservatoire de Rimouski. Elle découvre également la flûte traversière au collège et y prend goût. Et c’est au Campus Notre-Dame-de-Foy que notre soprano leggero commence ses études de chant.

En 2011 elle y obtient un double diplôme de performance voix classique et jazz (d’ailleurs assorti d’un Prix d’Expression Jazz !) Mais c’est avec la grande musique qu’elle décide de poursuivre à l’Université de Laval. Aujourd’hui, Sedera est en Maîtrise de Chant au sein du prestigieux Jacobs School of Music de l’Université d’Indiana, aux États-Unis.

Sedera Harlala possède également des dons pour l’écriture. En 2009, elle remporte le Prix du Public à un concours provincial de variétés. Un moment intense dans sa carrière, car il s’agissait de sa première composition : « J’étais extrêmement nerveuse, non seulement parce que je n’avais jamais présenté une composition en public auparavant, mais parce que je m’étais tout juste fait opérer des amygdales et je venais à peine de recommencer à parler… » Parmi ses meilleurs souvenirs de scène, elle cite également le Requiem de G. Fauré, donné pour le 350ème anniversaire de la Basilique Notre-Dame de la ville du Québec. C’était en 2015, et elle en avait assuré le solo de soprano, accompagnée du chœur et de l’orchestre de l’Université de Laval.

Gabriel Fauré est son compositeur préféré : « L’harmonie de ses mélodies est juste incroyable ! D’ailleurs, j’ai toujours pensé que si sa musique était un homme, je l’aurais épousé ! » C’est sans doute un peu pour cela que Sedera Harlala penche incontestablement pour la mélodie et le Lied, faisant fi de la popularité toujours croissante de l’opéra : « Mon plus grand rêve est de redonner vie à la mélodie lyrique. C’est un univers à part dont on n’entend plus vraiment l’excellence depuis la célèbre soprano Elly Ameling. Seulement quelques rares chanteurs d’opéra savent encore interpréter la mélodie dans son vrai caractère et peu possèdent la qualité vocale pour ce répertoire. »

Ceux qui seront dans l’Indiana début décembre pourront écouter Sedera Harlala en récital. Notre artiste se prépare également pour plusieurs concours internationaux de musique en 2018-2019. Quant à son prochain voyage à Madagascar, si tout va bien, il devrait avoir lieu en juillet 2018.

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