Opus 106 : Schubert pianissimo
16 février 2018 - Cultures commentaires   //   1043 Views   //   N°: 97

Schubertiade, Julius Schmidt 1876

Franz Schubert (1797-1828) n’a vécu que 31 ans, mais nous a laissé un héritage musical impressionnant par son volume – plus d’un millier d’opus – et surtout par sa poésie. Il se démarque autant par ses « Lieder » et ses œuvres chorales que par ses compositions instrumentales : quatuors, sonates, impromptus…

Lorsque Schubert commence à composer pour le piano, l’air du temps n’est plus tellement au cadre vaste et contraignant de la sonate où Haydn, Mozart et Beethoven excellaient (ce qui ne l’empêche pas d’en écrire quand même vingt-trois). Les contemporains de notre jeune compositeur viennois se livrent maintenant à des esquisses plus brèves, orientées vers la confidence, libres et sans développement, privilégiant totalement l’improvisation. Des pièces instrumentales dans ce genre plus lyrique naissent alors un peu partout en Europe, mais c’est Schubert qui en écrira les plus belles pages avec ses Impromptus et ses Moments musicaux.

Pour interpréter sa musique, il est important de connaître l’homme. Schubert est la poésie-même. Son œuvre naît au jour le jour, sans arrêt, sans souci de la forme. Il dit ce qu’il y a de plus profond en lui, ce qui touche à ses sentiments, ses émotions. Son génie est le plus instinctif, le moins intellectuel qui soit. Sa musique vient du fond de l’âme et va droit au cœur. Dans la vie, Franz Schubert a besoin de très peu de choses. Il sort le matin, s’attable à des cafés, écrit sa musique partout, sur un bout de nappe, une enveloppe… Il fréquente des poètes, met en musique leurs écrits, se retrouve avec des dizaines d’artistes dans des salons de musique (ces réunions baptisées les « Schubertiades »).

Schubert s’inspire de couleurs hongroises dans certaines de ses compositions, dont le très aimé Moment Musical N°3 (1823). Le thème est élégant et espiègle, orné de délicieux mordants et alternant subtilement mineur et majeur. C’est cet accompagnement staccato (piqué) qui finit de lui donner le caractère dansant qu’on apprécie tellement.

Parfois, il arrive qu’un compositeur écrive pour le piano de la musique qui ressortirait mieux à l’orchestre. Chez Enrique Granados (1867-1916), par exemple, pratiquement toute la musique de piano évoque la guitare qui n’a pas encore sa place comme instrument « noble » à son époque. Mais chez Schubert, l’instrumentation est très pianistique, tout y sonne du plus profond du piano. Cet instrument n’est pas un pis-aller pour lui, nul besoin d’imaginer l’orchestre ou autre chose pour exprimer ses émotions.

Même si Franz Schubert n’était pas un virtuose ni un fin technicien du clavier, il est intéressant d’évoquer le témoignage d’un de ses amis d’après lequel « ses doigts couraient sur les touches comme des souris ». C’était en outre un brillant improvisateur.

Notre sélection musicale pour découvrir Schubert pianissimo :
Moment Musical N°3 (Alfred Brendel)
Mélodie Hongroise D817 (Mathieu Gaudet)
Impromptu Op 9 N°1 (Maria João Pires)

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