Opus 106 par Valérie Raveloson : Mozi Kanto touche…la corde sensible
1 août 2016 - Cultures commentaires   //   1938 Views   //   N°: 79

Premier objectif atteint pour Mozi Kanto, une association toute jeune qui œuvre dans le développement de l’enseignement musical à Madagascar et dans la promotion des échanges entre musiciens français et malgaches.

Mozi Kanto a été fondée par l’altiste Guillaume Gras. Présent sur la Grande Île pour un an, ce musicien français s’est vite intégré dans le paysage musical. On l’a notamment entendu à l’Institut français de Madagascar en octobre dernier dans les concertos pour orgue de G.F. Handel, et cette année en avril, avec le pianiste Herimanitra Ranaivo dans un programme de musique de chambre. Il a aussi rencontré des luthiers, des élèves violonistes et des professeurs de musique, et ce sont tous ces échanges qui lui ont donné l’idée de créer Mozi Kanto : « Je voulais faire quelque chose pour améliorer les conditions de travail des musiciens d’ici, mais je me suis rendu compte que seul, j’aurais eu du mal. Voilà comment l’association est née. »

Mozi Kanto regroupe aujourd’hui quelque 75 membres, français et malgaches confondus. Sa première étape : une collecte de fonds, d’instruments de musique, d’accessoires et de partitions.

Ce sont les adhérents français qui ont réalisé ce challenge. Ainsi, de décembre à mars, avec la collaboration de luthiers de tous lez horizons (Lyon, Reims, Velzic, Orléans), d’amis musiciens et surtout des élèves et professeurs du conservatoire d’Aurillac où Guillaume Gras enseigne, neuf malles, soit plus de 350 kilos de matériel sont partis de l’Hexagone pour rejoindre Madagascar.

En attendant l’arrivée de cette précieuse cargaison, notre altiste a de quoi s’occuper à Tana. Il donne régulièrement et de façon bénévole des cours collectifs de violon et d’alto; il organise également des ateliers de réglages d’instruments (changement de cordes, chevalet, âmes, perçage des chevilles, pose de tendeurs…) avec un luthier malgache pour une quarantaine de violons, deux altos et une contrebasse. « Ces séances ont été très profitables : les instruments sont plus facilement accordables, ils tiennent mieux l’accord, et certains conseils permettront, je l’espère de rectifier régulièrement l’état des instruments à cordes. »

Le conteneur qui transporte les neuf malles est finalement arrivé à Tana en juin. Le temps de deux dimanches, tous les adhérents malgaches de Mozi Kanto se sont retrouvés à Andravoahangy en transformant le siège de Jejy Orchestra en véritable ruche. Des élèves et professeurs du CNEMD (Centre national d‘enseignement de la musique et de la danse), du Centre Iraitra, de l’école Hando Razakamahefa, deux luthiers, mais aussi des musiciens de la Camerata de Madagascar se sont donné la main pour monter les instruments, trier et inventorier les accessoires et les partitions. En tout, une quarantaine de violons de toutes tailles, autant d’archets, près de huit-cents accessoires et consommables pour les cordes allant du chevalet au tendeur, sans compter la malle de cordes qui a permis de reconstituer plus d’une cinquantaine de jeux.

Les huit-cents partitions et méthodes du lot ont fait le bonheur des enseignants ; les violonistes professionnels ont bénéficié d’un violon de bonne facture en échange de leur instrument actuel, qui revient donc aux écoles ou aux élèves plus jeunes. Ces derniers sont aussi repartis heureux, puisqu’ils peuvent désormais remplacer tous les accessoires (mentonnière, archet, tendeurs…) qui rendaient difficile le jeu avec leur instrument. Premier défi réussi pour Mozi Kanto et pour Guillaume Gras, qui quitte le pays heureux, en pensant déjà à organiser une nouvelle collecte qui pourrait cette fois s’orienter vers les instruments à vent.

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