Opus 106 : La plume et le soupir, une histoire d’amour
29 juin 2016 - Cultures commentaires   //   1141 Views   //   N°: 78

« Tous les arts sont frères, chacun d’eux en éclaire un autre. » (Voltaire).
Et entre la littérature et la musique classique, il y a… tout un roman. 

Après la naissance de l’imprimerie, le métier d’auteur débute véritablement au XVIe siècle avec Montaigne, Cervantès et Shakespeare. Les oeuvres de ce dernier sont une source intarissable d’inspiration pour les compositeurs, depuis Henry Purcell jusqu’à Benjamin Britten. Les auteurs d’opéra ont, bien sûr, la part belle puisqu’il s’agit avant tout de textes : Giuseppe Verdi s’empare d’Otello, de MacBeth, et de Falstaff ; Ambroise Thomas met en scène Hamlet , tandis que Vincenzo Bellini et Charles Gounod revisitent Roméo et Juliette.

Les adeptes de musique instrumentale ne sont pourtant pas en reste : Felix Mendelssohn, par exemple a écrit une magnifique Ouverture & Musique de Scène sur le Songe d’une nuit d’été – chef-d’oeuvre qui renferme sa célébrissime marche nuptiale. Franz Liszt, lui aussi a fait d’Hamlet un poème symphonique. Citons encore Ludwig van Beethoven, avec sa sonate pour piano n° 17 surnommée La Tempête, parce qu’il a conseillé à quiconque voudrait comprendre cette oeuvre de lire au préalable la pièce du même nom de Shakespeare.

Cela dit, la passion qui relie les mots et les notes est tout à fait réciproque, et beaucoup de beaux romans axés sur la vie de musiciens ou sur la musique classique en général méritent que l’on s’y attarde. Commençons avec George Sand. En 1843, vivant alors pleinement sa passion avec Fryderyk Chopin, elle publie Consuelo, un roman en deux tomes qui relate les aventures d’une cantatrice du XVIIIe siècle au talent exceptionnel. L’auteur y parle de musique, d’amour et également du fossé social qui sépare les artistes des aristocrates.

La littérature autour des musiciens prodiges – en particulier les pianistes – est aussi très riche. Prenez par exemple Corps et âme, de Franck Conroy (1996), l’histoire d’un enfant pauvre qui se découvre un don pour le piano. Sept cents pages à déguster avec Mozart, Beethoven et Debussy en musique de fond. Un clin d’oeil également à Michel Sogny, avec L’Adulte prodige sorti en 2013. C’est un roman tiré d’une histoire vraie, retraçant le parcours d’une jeune femme totalement néophyte qui découvre la magie de la grande musique avec Mazeppa de Liszt et qui caresse le rêve de jouer un jour cette étude qui figure parmi les plus difficiles du répertoire pianistique. Sinon, les rêveurs aimeront sûrement La Fille de Debussy, de Damien Luce (2014). L’auteur est lui-même musicien. Pour parler du père de l’impressionnisme musical, il imagine un journal intime, celui de Chouchou, la fille de Claude Debussy.

Et même si ce n’est pas pour en faire un roman, beaucoup d’auteurs aiment la grande musique, et pour des raisons différentes. Interrogé sur ses goûts en la matière, l’écrivain Johary Ravaloson cite Glenn Gould et les Variations Goldberg de Johann Sebastian Bach : « Une fois que j’atteins une vitesse de croisière dans mon travail, j’aime écouter ces variations. Pour moi, c’est comme la mer, jamais lassante, et ça rythme mon écriture. » Quant à Môssieur Njo, si sa préférence musicale va à Johannes Brahms, il avoue avoir un faible pour Erik Satie et sa 1re Gymnopédie : « Cette tranquillité m’apaise, ça remet les choses en place. Et j’adore cette structure minimaliste, cette sensation de vide qu’il caresse. »
Voilà, en espérant vous avoir donné quelques pistes de lecture pour l’hiver, je vous souhaite une bonne lecture !
 

Retrouvez Valérie Raveloson dans l’émission Opus 106 tous les dimanches de 18 h 30 à 20 heures sur la RLI FM 106 by no comment®. 

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