Opus 106 : G.F. Haendel, Theodora
15 février 2017 - Cultures commentaires   //   1132 Views   //   N°: 85

Le jour de l’an, je vous parlais de la vie et de la musique de Georg Friedrich Haendel (1685-1759) dans la version on air d’Opus 106(1). Et ce mois-ci, j’aimerais vous faire découvrir un de ses chefs-d’œuvre les plus aboutis, Theodora.

Il s’agit de l’avant-dernier oratorio(2) du compositeur, écrit en 1750. C’est donc un Haendel au sommet de son art qui s’exprime. On dit d’ailleurs que Theodora figurait parmi ses compositions préférées et de ce fait, l’accueil glacé du public londonien le soir de la première l’avait profondément attristé. Mais il faut dire qu’à l’époque, les drames lyriques sans happy end étaient choses rares. Nous sommes encore bien loin des grandes tragédies verdiennes.

Quoi qu’il en soit, les mélomanes du XXIe siècle ne sont plus rebutés par les fins malheureuses. Désormais, plus rien n’entache la beauté de cette œuvre. 

En outre, Theodora parle d’un sujet – délicat, certes, mais on ne peut plus actuel. C’est une histoire d’amour et d’intolérance, l’histoire d’une jeune martyre chrétienne et de son amoureux converti, l’histoire de jeunes gens qui meurent pour leurs croyances humaines et morales.

En 1750, G.F. Haendel a soixante-cinq ans. Le compositeur allemand avait décidé de s’installer à Londres depuis près de quarante ans. Presque un demi-siècle tantôt dans l’adulation, tantôt dans le rejet de cette terre d’accueil. Et pour cause ! En arrivant à Londres, on l’avait fêté comme un pape, accueilli comme maître de musique de la famille royale, puis nommé directeur à l’Académie Royale de Musique. Mais avec son caractère rustre et dictatorial, il n’eût pas que des amis. Ses détracteurs s’étaient donc ligués pour faire venir en Angleterre un compositeur d’opéra italien à la mode, histoire de diviser le public londonien. Eh oui, la musique évolue sans arrêt, mais Haendel ne faisait jamais rien fait pour faire avancer celle de son époque ! Comme les critiques peuvent être subjectives… et tellement contradictoires d’un siècle à l’autre, puisque l’histoire nous montre aujourd’hui combien l’héritage laissé par le compositeur du Messiah – l’oratorio le plus joué de toute l’histoire de la musique – est précieux pour l’humanité. Précisément à travers ses oratorios, Haendel a su amener la musique à un niveau de spiritualité encore jamais égalé, et surtout à une dimension dramatique qu’aucun compositeur après lui n’a pu atteindre sans passer pour un pâle imitateur.

Si l’on joue parfois Theodora avec mise en scène et décor, c’est pour faciliter l’accès à l’œuvre. Mais d’après la soprano Stéphanie d’Oustrac qui a incarné le rôle d’Irene en 2015 à Paris, « Theodora est une œuvre qui pourrait se suffire à elle-même en tant qu’oratorio, parce qu’il y a un plaisir pur de la musique ». Haendel attribue à chacun des personnages un éventail d’arias sublimes. Celles de Theodora sont d’une pureté éblouissante ; les interventions de l’amoureux Didymus – le soldat converti – sont toutes pleines de lumière. Et les chœurs n’ont rien à envier à la beauté transcendante de ceux du Messiah. Je vous proposerai, bien sûr, des extraits de Theodora à écouter ce mois-ci. Mais pour les plus pressés, je vous conseille la version de William Christie avec les Arts Florissants (Warner/Erato, 2003), à consommer sans modération !

(1) Le lien pour réécouter l’émission spéciale Haendel est disponible sur la page facebook Opus 106/RLI FM 106.
(2) Oratorio : oeuvre lyrique généralement sacrée et dramatique au même titre que l’opéra mais sans costume et sans mise en scène.

Retrouvez Valérie Raveloson dans l’émission Opus 106 tous les dimanches de 18 h 30 à 20 heures sur la RLI FM 106 by no comment®.

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