Norotiana Jeannoda : « 3 500 dollars une domestique esclave… »
6 juillet 2012 - AssociationsNo Comment   //   1693 Views   //   N°: 30

Présidente nationale du Syndicat des professionnels diplômés en travail social (SPDTS), Jeannoda Norotiana réagit sur l’épineux dossier des travailleuses malgaches en butte à la maltraitance au Koweït. Nouvelle descente aux enfers après le Liban ? 

L’envoi de travailleuses au Liban est suspendu depuis 2009, mais aujourd’hui, c’est du Koweït qu’arrivent les mauvaises nouvelles…
La filière Koweït n’est pas nouvelle, elle a démarré avec celle du Liban. Des agences de placement ont commencé à y envoyer des travailleuses malgaches dès 2004. Mais ce n’est que depuis le début de cette année que des cas de violences morales et physiques, de viols et de tortures nous sont parvenus.  

Il se peut que certaines femmes endurent ces atrocités depuis bien plus longtemps, mais personne jusque-là n’avait osé les dénoncer.

Quel est le bilan exactement ?
Pour le seul Liban, 19 femmes et deux hommes ont été rapatriés morts depuis 2009. Beaucoup de victimes qui rentrent vivantes disent avoir subi des viols. Certaines, débarquant à Ivato, n’ont même pas 1 000 Ar pour s’acheter du crédit téléphonique pour appeler leur famille, tout simplement parce qu’on leur confisquait leur paye. On estime que 10 % à peine des travailleuses qui reviennent de ces pays ont vécu un séjour sans histoires.

On parle clairement de traite de la personne humaine…
Absolument, selon les termes mêmes du Protocole de Palerme, que Madagascar a ratifié. On a d’un côté une main-d’oeuvre fragilisée par la pauvreté et de l’autre des réseaux, agences de placement ou particuliers, qui abusent de leur confiance et les manipulent.
Il faut savoir qu’une famille libanaise ou koweïtienne n’a qu’à payer 3 500 dollars pour avoir une domestique malgache qui aura tout d’une esclave…

Quel est le profil de ces femmes ?
Pour beaucoup des victimes de la fermeture des zones franches. Également des femmes ayant de lourds problèmes familiaux : mères célibataires, divorcées ou dont le mari est chômeur. Depuis que nous avons fait des sensibilisations dans la capitale pour prévenir du danger de ces recrutements, on constate que les rabatteurs se déplacent vers les campagnes, en tablant sur la naïveté des gens de la brousse.

N’est-ce pas humain de tenter sa chance ailleurs, si rien ne s’offre à vous dans votre pays ?
La situation n’est pas rose chez nous, mais l’herbe n’a jamais été plus verte ailleurs. La migration économique est acceptable si elle est accompagnée de mesures de protection et que le pays de destination prend en charge les expatriés. Ce qui n’est pas le cas pour les pays dont nous parlons. Il n’y a même pas de consulat de Madagascar au Koweït.

Comment intervenez-vous dans ces dossiers ?
Nous sommes des travailleurs sociaux et en tant que tels notre rôle se limite à la prise en charge et à la réinsertion des victimes à leur retour. Se limite, façon de parler, car nous sommes les seuls à agir sur le terrain, avec un budget pourtant très limité. On attend plus des pouvoirs publics, car l’organisation de ces départs est illégale et cela passe souvent par l’utilisation de faux papiers. 

Propos recueillis par #NjatoGeorges

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