Norman Marmillion : Un américain à Tana
14 août 2015 - Escales commentaires   //   1412 Views   //   N°: 67

Tout droit venus de leur plantation de Louisiane qui rappelle la somptueuse demeure de Scarlett O’Hara dans « Autant en emporte le vent », Norman Marmillion et son épouse étaient en visite dans la Grande Ile afin d’y promouvoir une certaine idée du tourisme culturel et de la créolité. 

Qu’est-ce qui peut amener des Américains à s’intéresser à Madagascar ?
Des amis que je connais depuis vingt ans sont en poste à l’Ambassade américaine ici à Madagascar. Ils nous ont proposé, à ma femme et moi-même, de venir visiter ce pays afin d’en découvrir la culture et tisser des relations. Nous venons de la Louisiane où nous possédons une plantation près de la Nouvelle-Orléans. Je suis donc aussi ici pour parler de notre culture, unique et pleine de métissage, la culture créole.

Qu’est-ce qui différencie la Louisiane des autres États américains ?
Ma famille s’est installée en Louisiane, alors colonie française, il y a 350 ans. En fait, mes parents sont la première génération à parler anglais; avant tout le monde – créoles et cajuns – parlait français, mais à un moment, il y a eu toute une politique d’anglicisation forcée qui a fait qu’on n’avait plus le droit de parler cette langue, même à la maison. Les gens pouvaient être battus s’ils étaient surpris à parler français. Tout cela fait que la Louisiane est très différente du reste du pays, que ce soit au niveau du mode de vie, de la nourriture, de la musique ou des traditions.

Vous vous servez de ce particularisme culturel pour mettre en valeur le potentiel touristique de votre plantation…
Lorsque j’ai acheté cette ancienne propriété sucrière, aujourd’hui rebaptisée « Laura Plantation », je n’étais pas intéressé par la bâtisse principale où les maîtres habitaient, mais plutôt par les habitations réservées aux esclaves. Ces derniers venaient pour la plupart d’Afrique de l’Ouest, et chose étonnante, on a découvert que c’est là que le fameux conte créole Compair Lapin et compair Bouki (Compère Lapin et Compère Bouc) a vu le jour. On a aussi retrouvé des milliers de documents sur l’esclavage. Cela intéresse beaucoup les visiteurs. Il faut à peu près 90 minutes pour faire le tour de la propriété et pendant ce temps, on apprend 14 aspects de la culture créole.

Quelles leçons les Malgaches peuvent-ils tirer de votre expérience, en ce qui concerne leur propre identité culturelle ?
Je remarque que l’identité des Malgaches n’est pas très définie à l’extérieur. Lorsqu’on parle de la Grande Ile, on évoque plus les baobabs et les lémuriens que le peuple malgache dans sa grande diversité. Or je pense qu’il faut savoir aussi promouvoir le facteur humain, le mode de vie des populations et leur culture, comme un atout touristique en plus. En Louisiane, on a su faire de notre particularisme notre force : on peut avoir des origines européennes et être créole comme moi, mais avoir aussi des origines africaines et se sentir tout autant créole. En 2004, la bâtisse principale de ma plantation a brûlé mais cela n’a pas été un problème car une maison ça se reconstruit. Aujourd’hui, les touristes continuent d’affluer et viennent autant pour l’histoire et les contes liés à la plantation que pour la demeure des anciens colons. Ici, vous avez le Rova de Manjakamiadana qui a brûlé, mais cela n’efface en rien l’histoire dont est chargé ce lieu, et c’est cela qui plaît aux touristes.
 

Propos recueillis par #DinaRamaromandray

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