Opus 106 : Nampoina Razafimaholy
2 mai 2016 - Cultures commentaires   //   4760 Views   //   N°: 76

Lorsque j’ai eu l’occasion d’écouter Nampoina Razafimaholy la première fois, il devait avoir 16 ou 17 ans et ce jour-là, il avait joué la Polonaise militaire de Chopin. C’était si extraordinaire qu’à la fin du morceau, la salle d’audition de notre école de musique (le CNEMD, à Ampefiloha) était noire de monde. Tout le monde voulait voir ce pianiste hors pair !
C’était dans les années 90. Aujourd’hui, quand on écoute le musicien parler de son parcours, on perçoit encore cette facilité et ce naturel dont les génies seuls connaissent le secret.

Nampoina est né dans une famille de musiciens. Son père, le très honorable Rodolphe Razafimaholy lui donne ses premières leçons de piano. À dix ans il découvre l’orgue, qui devient une véritable passion. Après le bac, cap sur l’Allemagne. Il est admis à l’université de musique de Herford, et commence le cursus du Bachelor of Music en 2008. La formation comprend des modules instrumentaux (orgue liturgique et artistique, piano classique et pop,

chant et chant grégorien, trombone) et théoriques allant de l’hymnologie à l’histoire de la musique, en passant par la psychologie. Plus tard, Nampoina approfondit l’étude du clavecin, la didactique de l’orgue, et avec le professeur – et compositeur – Hans Martin Kiefer, il se spécialise dans l’improvisation, qu’il apprécie au plus haut point : « surprendre et se laisser surprendre, découvrir à chaque fois une nouvelle facette de soi, être confiant, fidèle… être en alchimie avec soi-même. »

De l’Europe au Moyen-Orient, la musique a apporté à cet artiste ses plus belles aventures : des tournées d’orgue en Allemagne (Dornheim, Leipzig…), plusieurs concerts avec le groupe X-Delight Gospel qu’il a accompagné au piano, ou encore cette tournée en Israël en mai 2011, inoubliable et tellement riche en émotion.

Après avoir occupé le poste d’organiste titulaire à l’église luthérienne d’Oetinghausen pendant tout son séjour allemand, Nampoina est maintenant établi en France, à Bordeaux, où il a choisi d’enseigner la musique. Toutes ses expériences le confortent sur l’importance de la musique dans la vie de chaque homme et celle de la communauté : « il est prouvé scientifiquement, quelque soit l’âge d’apprentissage que la musique réduit l’anxiété, améliore l’humeur, augmente la concentration et l’attention, et qu’elle renforce l’estime de soi ». En outre, il a pu constater avec stupéfaction les effets de la musique sur les patients atteints de maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer. « Je joue parfois dans des maisons de retraite. Dès les premières notes de piano, une lueur anime leurs yeux et ils commencent à fredonner la mélodie. Parfois, ils retrouvent même les paroles, associant la musique à une émotion de leur vie passée… »

Riche de ces voyages et de toutes ses rencontres, Nampoina a tout de même ses racines profondément ancrées à Madagascar, et il suit avec passion la vie culturelle du pays. En voyant se développer toutes les écoles et les instituts dédiés à la musique, il se dit rassuré quant à l’avenir de l’éducation musicale à Dago. Mais pour ce musicien qui donne une place privilégiée au partage, il n’est jamais bon d’être seul, et « il serait légitime envers la musique qu’elle puisse nous unir et nous souder au lieu de nous pousser à nous faire concurrence ».
Nous aurons peut-être le plaisir d’entendre Nampoina Razafimaholy en concert à Tanà cette année. Lui en tout cas, il l’espère !

#ValerieRaveloson

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