Namoroka
10 novembre 2012 - Nature commentaires   //   2594 Views   //   N°: 34

Une mission scientifique internationale vient tout juste d’inventorier la dernière terre inconnue de Madagascar : le Tsingy de Namoroka. Plus de 200 plantes nouvelles ont été répertoriées en vingt jours d’expédition, et la région est loin d’avoir révélé tous ses secrets…

Le parc national du Tsingy de Namoroka, au nord-ouest de la Grande Île, dans la province de Mahajanga, est une zone très difficile d’accès. Sa dernière exploration remonte à 1940, année où le scientifique français Raymond Decary y a découvert un nombre impressionnant d’oiseaux et de mammifères jusque-là inconnus.

Il s’était moins intéressé aux insectes et aux plantes, mais le peu qu’il en a décrit permettait déjà de supposer une biodiversité exceptionnelle. C’est ce qu’il restait à confirmer soixante-douze ans après. C’est cette même contrée, la dernière « terre inconnue » de Madagascar, que 17 scientifiques malgaches et étrangers (français, anglais, américains, sud-africains) ont donc décidé d’inventorier dans le cadre de la mission Namoroka 2012 qui s’est tenue du 29 août au 17 septembre.

Parmi eux, des spécialistes en botanique, entomologie, paléoentomologie (insectes fossiles), zoologie, géographie. Vu la nature du relief, de sérieuses compétences en escalade, canyoning et spéléologie étaient également requises… Tsingy, en malgache, signifie « Là où l’on ne peut marcher pieds nus », autrement dit un relief particulièrement tourmenté, constitué de canyons très difficiles d’approche tellement les roches sont coupantes.

Cette hostilité du milieu naturel a permis à un grand nombre d’espèces de s’y développer en toute tranquillité, avec un endémisme et un micro-endémisme exceptionnels. Mais ce sera sans doute moins le cas à l’avenir, car la région de Namoroka a décidé de s’ouvrir au tourisme et à l’exploitation minière. « Le but de l’expédition était d’entreprendre un inventaire le plus complet possible des insectes, reptiles, batraciens et plantes de Namoroka, dans le but déjà de penser à une politique de protection des espèces », précise la scientifique Lucile Allorge, botaniste au Muséum d’histoire naturelle de Paris.

Avec le botaniste Thomas Haervermans, elle est l’initiatrice de cette mission qui aura permis de parcourir les 223 km² du tsingy et d’y trouver de véritables trésors. Une « pêche » proprement miraculeuse : « On a répertorié près de 200 plantes inconnues durant ces 20 jours, en plus des insectes, batraciens et reptiles ! », se réjouit la scientifique. Une moyenne de dix plantes nouvelles par jour, avec de grosses surprises, comme « cette espèce d’arbre du même genre que le flamboyant ou cette autre espèce voisine de la vanille. »

A la lumière de cette expédition, on peut cerner avec beaucoup plus de précision la biodiversité de Namoroka : 81 espèces d’oiseaux dont 31 sont endémiques, 30 espèces de reptiles, 281 espèces végétales dont près de la moitié endémique. « Nous tenons à exprimer notre gratitude aux habitants des villages de Vilanondro et Namoroka qui nous ont aidés sur le terrain et se sont passionnés autant que nous pour nos recherches, ainsi qu’au personnel du parc national qui a toujours été dispos ».

Le parc national du Tsingy de Namoroka, institué réserve spéciale depuis 1966, est en effet acquis à l’établissement d’un « écotourisme raisonné » qui permettra de préserver la biodiversité du site. Un état d’esprit qui peut faire la différence dans un pays qui a vu disparaître un million d’hectares de forêts au cours de ces vingt dernières années…

#AinaZoRaberanto
Photos : Marc Gansuana

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