Naday : Rock’n dreads
10 février 2012 - CulturesNo Comment   //   1800 Views   //   N°: 25

L’homme aux dreadlocks est sans conteste le guitariste le plus accompli de sa génération. Le moins pressé aussi… quinze ans pour accoucher de son premier album ! Le rocker rasta aime prendre son temps. 

Impossible de passer à côté de ses interminables dreads. Une coiffure très Positive Vibration qui lui a demandé plus de dix ans de « patience ». À peu près le temps de la maturation de One Nation, son premier album sorti il y a tout juste un an. « C’est juste un look qui me plaît, je ne me considère pas comme un rasta », précise Naday, de son vrai nom Tolotra Arivelo Radomalalaniaina. La preuve ? Bien peu d’influences reggae dans One Nation. Ses racines sont plutôt à rechercher du côté de AC/DC, Iron Maiden, Slayer ou Metallica. Car, contre toute apparence, Naday est d’abord et surtout un rocker dans l’âme… un très improbable produit dreads and metal !

« J’ai toujours baigné dans cette musique, c’est ce qu’écoutaient mes grands frères et c’est comme ça que je me suis mis très jeune à la guitare électrique. »

C’est l’âge des premiers riffs devant la glace et des glissandos à la Kirk Hammett, l’affolé du manche de Metallica pour qui Naday professe la plus vive admiration. Et le moins qu’on puisse dire est le kid se révèle suprêmement doué. Au point d’intégrer Mygale Trio avec ses frères, en 1987. Pour la petite histoire, les pionniers du mouvement thrash à Madagascar, l’invention du metal gasy à eux tout seuls ! Il choisit de se faire appeler Naday « parce que ça sonne comme de l’anglais et que c’est efficace auprès des filles ».

S’il ne joue pas en culottes courtes à la façon d’Angus Young, l’éternel collégien de AC/DC, il n’en fait pas moins preuve d’une incroyable précocité. Très vite le gratin des musiciens locaux commence à s’intéresser à lui, tout style confondu. C’est ainsi qu’il tâte du rock alternatif avec LAD (Lalaovin’Avelo Doda), du métal avec UXT, du rap avec Big Jim Dah, du jazz avec Silo, de la fusion avec Menalootsa. C’est là aussi, au gré des performances, qu’il rencontre ses futurs collaborateurs : Miora à la batterie et Vévé à la basse.

Fausse modestie ou vraie timidité, Naday va se refuser pendant 15 ans à jouer les leaders de groupe, même s’il en a visiblement la carrure. Son rôle d’accompagnateur, de « requin de studio » comme on dit, lui convient parfaitement. On le trouve néanmoins à l’origine du projet Guitar Wood, des guitares pour l’environnement, une facette plus engagée de sa personnalité. C’est donc une véritable surprise quand, en 2005, on le voit débouler sur scène, porté par son seul nom à l’affiche. « Je sentais que le moment était venu. J’aime prendre mon temps, ne pas brusquer les choses », confie-t-il. Sans doute histoire d’expliquer pourquoi il attendra encore six ans avant d’enregistrer One Nation !

L’album de la maturité, très « citoyen du monde », avec l’utilisation de l’anglais sur certains morceaux. Sept titres très aboutis où sur une dominante rock (« Happy »), l’électro (« Soa mikodia ») se mêle à des sonorités à la fois plus roots et plus urbaines (« Biby rakaka » qui rappelle l’époque Big Jim Dah). « On me dit souvent que je fais de la fusion, mais c’est un terme qui convient mieux au jazz. Disons que je fais du rock alternatif. » Entre autres, car Naday est surtout un touche-à-tout inspiré, aussi à l’aise dans la peinture, la bande dessinée que dans la réalisation. Happy, en quelque sorte.

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