Myaina
14 novembre 2014 - Musiques commentaires   //   1535 Views   //   N°: 58

Antsirabe: Spoken word

De retour de la Coupe du monde de slam qui s’est tenu à Paris en juin dernier, l’Antisirabéen lauréat 2013 de Madagaslam s’attelle aujourd’hui à un ambitieux projet de « spoken word ». Oui des mots avec de la musique dessus… les puristes vont faire la tête !

Myaina – Randiamiharisoa Miora Niaina de son vrai nom –  est un jeune homme discret et d’apparence timide. Seulement en apparence, car ses textes acerbes et son flow (débit de paroles)  très particulier  le démarquent sans peine des autres slameurs.  Paradoxalement, il a d’abord pratiqué le rap, avant de se rendre compte qu’il était plus fait pour les mots que pour la musique. « C’est en lisant mes textes à un ami rappeur que celui-ci m’a convaincu que c’était adapté au  slam, un milieu qui m’était totalement étranger. »  

Convaincu de son talent, un de ses cousins l’inscrit à son insu à une soirée slam organisée à l’Iscam. Myaina monte pour la première fois sur scène, nous sommes le 21 juillet 2011. A partir de là, tout s’enchaîne et le jeune homme de 26 ans semble brûler les étapes : deux ans plus tard, il remporte Madagaslam, le championnat national de slam à Madagascar. Autant dire une pointure.

Avec une trentaine de textes à son actif, tous écrits en malgache, Myaina aime les histoires et les personnages ordinaires. Pas non plus la vie rose, comme l’illustre ce texte intitulé Linah qui raconte la vie d’une mère prostituée : « Une case exigüe à peine meublée  / Quelques assiettes, marmites, cuillères et un lit pour se coucher / Les enfants se posent et posent souvent des questions / Qui prennent Linah au dépourvu car pas toujours évidentes / Du genre : « Papa, où est-il parti ? Est-ce qu’il a fui ?» / « Ou bien passe t-il son temps à errer partout ? » « Buvant comme un trou ? » / Il est difficile pour Linah de garder le silence… »

Après sa victoire à Madagaslam,  tout est allé encore plus vite pour lui. A Antsirabe, il crée l’association slam110 à l’Alliance française où des ateliers de formation sont donnés. Il se retrouve souvent invité à des événements culturels tels que Mamahoaka, la fête de la Musique. Ces derniers mois, son nom a encore fait la Une des médias malgaches. Et pour cause, c’est lui qui portaient  les couleurs malgaches lors de la huitième édition de  Coupe du monde de slam qui s’est tenu à Paris en juin dernier.  Bien qu’il n’ait pas remporté le concours, le jeune homme a beaucoup appris de ses rencontres avec des poètes de vingt pays différents, tous vainqueurs des slams nationaux dans leurs pays respectifs.  

Ne comptant pas s’arrêter en si bon chemin, Myaina est aujourd’hui sur un projet de spoken word, cette forme d’expression inspirée des traditions jazz, soul et blues qui mêle la poésie à d’autres formes d’art comme la musique, le théâtre ou la danse. « Avec des potes musiciens, nous travaillons mes textes qui seront accompagnés par un fond musical », explique Myaina, conscient de dériver du pur slam où l’utilisation d’instruments ou de musique préenregistrée est interdite, de même que les accessoires, les costumes ou les décors. À la fin de l’année, il s’envolera pour La Réunion où il participera à la première édition du slamOI (Océan Indien). Mais où s’arrêtera-t-il ?

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