Mofo ô ! Notre pain quotidien
1 mai 2013 - Métiers commentaires   //   1141 Views   //   N°: 40

Du pain, il en a plein le dos, et pour cause ! Cela fait quatre ans que Rija exerce le métier de porteur de baguettes. De 4 heures à six heures du matin, il peut en livrer jusqu’à 200 à domicile. Un gagne-pain comme un autre.

Dans certains quartiers de la capitale, le cri « mofo ô ! » (pain !) qui résonne dès l’aube est familier à bien des oreilles. Voire insupportable aux couche-tard tout juste rentrés de boîtes. Rija, 29 ans, est l’un de ces porteurs qui vous réveillent avec la régularité d’une horloge suisse. Il est livreur de baguettes à domicile. Chaque matin, dès quatre heures, il commence sa tournée avec plus de 20 kg de pain sur le dos, environ 200 baguettes, sillonnant les ruelles de Mahamasina à Manakambahiny, via Tsimbazazà, alors que le soleil n’est pas encore levé.

« Ce n’est pas un métier pour les fainéants, mais l’avantage est qu’à 8 heures j’ai fini ma journée. » Ses clients sont tellement habitués à le voir arriver à une certaine heure que s’il se permet le moindre retard, il se fait royalement engueuler. « Pour certains, je sers de réveille-matin. S’ils ne me voient pas à l’heure pile, ils sont complètement perdus », se marre-t-il. Sans parler des grincheux qui trouvent toujours quelque chose à redire sur la qualité du pain, alors qu’il n’est qu’un simple intermédiaire, pas le boulanger.

Ancien débardeur dans une entreprise franche d’Ankadimbahoaka, il a dû se trouver un autre gagne-pain lorsque la crise l’a laissé, comme tant d’autres, sur le carreau. Plutôt que de continuer à porter des sacs de ciment pour un patron, il décide alors de se faire porteur de pain à son compte. « C’est l’époque où la cherté du riz a fait que les gens ont commencé à remplacer le vary sosoa (bouilli de riz au petit-déjeuner) par du pain. Les boulangeries se sont mises à fonctionner à pleins rendements et je me suis dit qu’il y avait un créneau à prendre. »

L’investissement est simple : un grand sobika, de bonnes jambes et un dos solide. Rija n’est lié par aucun contrat avec son boulanger. Il lui achète les baguettes 200 ariary pour les revendre 300 ariary aux particuliers ou aux épiceries, un joli gain correspondant au prix de la course à domicile. « Je me fais en moyenne dans les 7 000 ariary tous les matins. Avec deux enfants scolarisés, ça fait quand même juste. » Alors, dès sa tournée bouclée, il court à Analakely pour exercer son second métier, celui de gardien de parking. Rien à voir, si ce n’est que là aussi, c’est du pain gagné à la sueur de son front…

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