Microcèbe de Gerp : Un lémurien de plus !
10 mars 2012 - Escales Escales commentaires   //   2798 Views   //   N°: 26

Le genre des microcèbes contient désormais 19 espèces avec la découverte de Microcebus gerpi qui vient tout juste d’être homologué par la communauté scientifique internationale. Comme ses cousins, il figure parmi les plus petits lémuriens du monde. 

Le nombre d’espèces de lémuriens répertoriées à Madagascar a pratiquement doublé en l’espace de 20 ans. Dans la première édition de Lemurs of Madagascar (Lémuriens de Madagascar) parue en 1994, le Professeur Jonah Ratsimbazafy, secrétaire général du Gerp (Groupement d’études et de recherches sur les primates de Madagascar) estimait leur nombre à 50… contre 101 aujourd’hui. Il est vrai qu’entre-temps la recherche scientifique a énormément progressé et il ne se passe guère une année sans que ne

ne soit annoncée la découverte d’une espèce nouvelle. La toute dernière en date est celle de Microcebus gerpi, un microlémurien d’environ 8,4 cm découvert dans la forêt de Sahafina, près de Brickaville, par le Pr Ratsimbazafy et ses équipes.

M. gerpi (ou microcèbe de Gerp) vient tout juste d’être homologué par la communauté scientifique internationale. Son nom est bien entendu un hommage rendu aux chercheurs du Gerp, 

nommément Solofonirina Rasoloharijaona, Herimalala Raveloson, Nicole Andriaholinirina, Romule Rakotondravony, Rose Randrianarison et Blanchard Randrianambinina qui ont mené les investigations sur le terrain. « Je me suis battu pour imposer ce nom à Genève. Même si notre organisation disparaît, M. Gerpi restera », note avec satisfaction le Pr Ratsimbazafy, responsable de la mission et auteur de l’article qui a annoncé l’existence de ce nouveau lémurien endémique de Madagascar.

D’un poids de 68 g, M. gerpi tient aisément dans la paume de la main et est immédiatement reconnaissable à son pelage gris marron. À noter que sa tête est sensiblement plus rouge que son corps. Tel quel, il s’ajoute aux 18 espèces de microcèbes déjà connus et, comme eux, entre dans le palmarès des plus petits primates de la planète. Il ne bat pas tout à fait M. berthae (ou microcède de Mme Berthe), également découvert par le Gerp, qui reste à ce jour le plus petit lémurien du monde… deux fois moins lourd que M. gerpi ! Découvert dans les années 2008-2009 lors d’un inventaire réalisé par des biologistes dans la forêt tropicale humide de Sahafina, il aura donc fallu attendre trois bonnes années pour que M. gerpi soit officiellement reconnu par la communauté scientifique – l’homologation a eu lieu en décembre dernier.

« Prouver qu’une espèce découverte est unique prend beaucoup de temps, explique le Pr Ratsimbazafy. Dix échantillons au moins sont requis pour que les résultats soient statistiquement valables. Cela va de l’étude des mensurations ou de la dentition à la récolte de tissus ou de poils. Sans parler de l’analyse génétique approfondie qu’on a dû envoyer à Hanovre, en Allemagne pour être comparée aux autres espèces ».

Si la reconnaissance de M. gerpi comme espèce à part entière est désormais acquise, il reste encore bien du travail pour en savoir plus sur son mode de vie et ses moeurs.

« Sa reproduction et son alimentation recèlent encore bien des mystères », convient le Pr Ratsimbazafy qui espère trouver d’autres financements pour approfondir les recherches.En tant que coordinateur scientifique de Durrell Madagascar, association britannique spécialisée dans la conservation des espèces sauvages, et ancien vice-président de l’International Primatological Society, il ne cache pas qu’une telle découverte attire la convoitise des trafiquants de tout poil et que là aussi la vigilance s’impose. D’autant que d’autres microlémuriens découverts dans l’inventaire de 2008 sont aussi en cours d’homologation…

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