Michel Barré: Directeur général d’Orange Madagascar
13 décembre 2013 - ÉcoNo Comment   //   6145 Views

« Croissance à deux chiffres pour 2014 »

Si l’opérateur mobile et Internet a reçu de plein fouet les effets de la crise de 2009, les voyants recommencent à passer au vert avec croissance à deux chiffres en vue. Reste à passer le cap des élections pour que le patron d’Orange voie la vie en rose.

Un an après votre nomination à la tête d’Orange Madagascar, comment vous apparaît le marché des télécommunications ?

D’abord je connais Madagascar depuis beaucoup plus longtemps. En 1997, à l’époque du lancement d’Antaris, la filiale mobile africaine de France Télécom, j’ai occupé pendant plusieurs semaines les fonctions de directeur général. Le responsable en titre, posté en Centrafrique, ne pouvait se libérer et le directeur des activités internationales m’avait demandé d’assurer l’intérim. Comme vous le savez, Antaris deviendra Orange Madagascar en juin 2003. Cela pour rappeler qu’Orange, en tant qu’opérateur privé, n’a cessé d’accompagner le développement des télécommunications à Madagascar. C’est d’ailleurs l’une des infrastructures fondamentales du pays qui n’a cessé d’évoluer de manière très positive au cours de ces dernières années, et l’on ne peut que se féliciter d’y avoir contribué.

En quoi les télécommunications malgaches méritent-elles ce satisfecit ?

On peut toujours vouloir plus et mieux, mais dans le contexte d’économie dévastée dans lequel le pays se débat depuis des années, il faut reconnaître qu’il est un bon élève africain au plan de ses télécommunications. Il a su se doter d’un réseau de classe internationale. Il faut se rappeler qu’il y a quinze ans, Madagascar était à l’âge de pierre des télécommunications avec quelques dizaines de milliers d’usagers et un réseau fixe qui fonctionnait tant bien que mal. Aujourd’hui, tout opérateur confondu, il se situe au niveau des pays les plus développés. En Afrique, par exemple, on est régulièrement classés numéro un ou deux en terme de rapidité de l’Internet. Pour y arriver, il a fallu toute une politique d’investissements privés, souvent en avance sur l’époque. Comme ceux qu’Orange Madagascar et ses partenaires ont consentis pour l’installation des câbles sous-marins en fibre optique Lion 1 et 2, en 2009 et 2012. Aujourd’hui, le désenclavement numérique de l’île est une réalité. Si aujourd’hui les centres d’appels commencent à prendre le relais de l’île Maurice, c’est évidemment dû aux câbles sous-marins.

Vous parlez de performance réseau, mais en terme d’utilisateurs réels ?

Là aussi il faut savoir d’où l’on part. En 1997, le business plan d’Antaris, optimiste comme tous les business plans, tablait sur 20 000 clients mobiles à gagner sur quinze ans. Un an après, on avait déjà relevé le viseur à 100 000. Aujourd’hui, on est à cinq ou six millions de clients, tout opérateur confondu ! Difficile d’être plus précis car à Madagascar le marché repose à 97 % sur du prépayé. Or à partir de quel délai d’activation de sa carte SIM un utilisateur peut-il être considéré comme client : trois mois, six mois, un an ? Tout dépend en somme de ce que l’on entend par client…

Un flou qui permet aux opérateurs de se proclamer numéro un…

Orange ne fait pas sa com’ sur cet argument, car on peut toujours être numéro un de quelque chose, il suffit de trouver le critère le plus adéquat ! On préfère se positionner comme « opérateur leader », au sens de celui qui donne l’impulsion, qui imprime la dynamique du marché en terme d’innovation, de couverture et de développement de services destinés à tous, car notre culture d’entreprise c’est aussi la responsabilité sociale. Ce sont des choses qui s’apprécient plus qu’elles ne se quantifient. En bref, c’est au client de dire qui est le leader.

Comment cela se traduit-il en terme de chiffre d’affaires ?

En tant que filiale d’un groupe coté à Paris et à New York, on est tenus de ne communiquer nos éléments financiers qu’à des moments précis de l’année, je préfère donc m’en tenir à la tendance. On va dire que 2013 est globalement une bonne année : on renoue avec la croissance après la passe difficile de 2009-2010 et la timide amorce de reprise de 2011-2012. En 2014, on devrait donc pouvoir afficher une croissance à deux chiffres, on n’en est pas si loin cette année. A condition bien sûr que des événements exceptionnels ne viennent pas s’interposer, ce qui signifie des élections présidentielles et législatives qui se passent bien et un gouvernement qui soit prêt à accompagner l’activité économique.

Dans les points négatifs, on peut citer la couverture réseau insuffisante…

On estime qu’il y a encore 6 à 7 millions de ruraux qui vivent hors zones couvertes. Mais cela ne veut pas dire qu’ils sont sans moyens de télécommunication, car il existe des solutions alternatives. Orange propose par exemple le service Tanàna Phone, un point d’appel fonctionnant grâce au solaire dans les zones sans électricité. Cette offre permet aux villages les plus enclavés de communiquer sur l’ensemble du territoire national, et avec le monde entier s’ils le souhaitent. Notre ambition est d’en installer 5 000 d’ici fin 2014 pour un investissement global d’environ un million d’euros. Près de la moitié est déjà opérationnelle.

Est-ce l’une de ces stratégies d’adaptation qui s’offrent lorsqu’on opère dans un pays en voie de développement ?

Oui, forcément. Nous devons en permanence nous adapter à la contrainte d’un pouvoir d’achat qui est l’un des plus faibles du monde, tout en veillant à insuffler une dynamique de développement. C’est pourquoi notre offre mobile se porte en entrée de gamme à 40 000 Ar, pour des équipements basiques, certes (téléphoner, envoyer des SMS), mais garantis Orange. Depuis septembre, nous proposons aussi le smartphone Alcatel Pixi à 159 000 Ar, un produit qui est réellement en train de démocratiser l’accès à Internet à Madagascar. Mais un smartphone sans une offre de services associés ne sert à rien. C’est pourquoi il est accompagné du forfait Mandan qui permet pour 600 Ar d’avoir 300 secondes de communication, 20 mégaoctets de téléchargement, plus l’accès gratuit à wikipédia. Nous ciblons les jeunes et les étudiants, un pari sur la formation et le développement.

Orange Money relève du même schéma…

C’est un service de mobile banking opérationnel à Madagascar depuis trois ans et visant à contrebalancer le faible taux de bancarisation dans le pays. Avec 1 500 points Orange Money où déposer et retirer de l’argent instantanément et en toute sécurité, c’est un réseau beaucoup plus dense que celui de n’importe quelle banque. Nous en sommes déjà à plus d’un million d’utilisateurs actifs. Mon ambition est clairement d’en faire la banque de tous les Malgaches.

On assiste à la mise en commun d’une partie des infrastructures de télécommunication, n’y a-t-il pas un risque de cartellisation ?

C’est une tendance générale en Europe comme en Afrique, car cela n’a pas de sens au plan de l’impact paysager d’avoir trois pylônes côte à côte, là où il pourrait n’y en avoir qu’un. Pour les opérateurs qui se partagent la structure – le pylône mais pas les antennes-relais qui sont fixées dessus – c’est aussi le moyen de réaliser des économies qui iront sur d’autres investissements. Cela n’empêche en rien la concurrence sur les offres, les services ou les prix. On ne peut donc pas parler de cartellisation, même si l’on assiste ces dernières années à une concentration du secteur. En Ouganda, par exemple, il y a eu jusqu’à dix opérateurs mobiles en lice, mais cinq ont vraiment développé leur réseau et deux seulement se sont rapprochés. À Madagascar, nous ne sommes que trois, mais cela correspond à la capacité du marché. Au-delà, il serait très difficile de se développer. Comme pour toute activité fortement capitalistique, on a besoin d’avoir une taille critique pour pouvoir investir.

À quand la téléphonie mobile de quatrième génération (4G) ?

Elle est à Maurice depuis juillet 2012 et techniquement nous sommes prêts à ouvrir le réseau à Madagascar. C’est essentiellement une question réglementaire, car la licence octroyée par l’Omert (Office malgache d’études et de régulation des télécommunications) n’autorise pas les opérateurs mobiles à fournir des services 4G. Cela viendra tôt ou tard. Nous sommes confiants en l’esprit d’ouverture de l’autorité de tutelle ; c’est sur l’initiative de l’Omert qu’en 2009, les opérateurs ont été autorisés à lancer la 3G alors que leur licence ne portait initialement que sur la 2G. En attendant, c’est bien la 3G qui fait l’actualité. À la fin de cette année, nous aurons cent villes couvertes en 3 G avec du haut débit mobile et des connexions Internet de qualité égale à ce qu’on trouve en Europe. Chaque chose en son temps.

Télécoms de père en fils

 

Nommé à la tête d’Orange Madagascar en septembre 2012, après une expérience africaine de cinq ans comme directeur de la zone Afrique de l’Est, Pacifique et océan Indien, Michel Barré se définit d’abord comme un homme des télécoms. « Mon père était responsable d’un #service des lignes du temps du téléphone fixe, à 7 ou 8 ans je l’accompagnais sur les chantiers. Un de mes fils a également choisi ce métier. » Ingénieur, il intègre en 1975 la Direction générale des télécommunications, rebaptisée France Télécom en 1988 et officiellement Orange depuis le 1er juillet 2013. En 35 ans, il aura assisté à toutes les révolutions du numérique à travers différents postes de direction au sein de filiales : Mobistar, deuxième opérateur belge de téléphonie mobile, Telemate et Transpac. À 60 ans, il entend bien faire de Madagascar le point d’orgue de sa carrière sinon son baroud d’honneur, convaincu que « l’aventure d’Orange dans l’océan Indien ne fait que commencer ».

 

« On veut se positionner comme opérateur leader »

Orange en chiffres

+ Groupe Orange :

Création : 1988 (France Télécom, Orange depuis le 1er juillet 2013)

3e opérateur mobile (Europe)

2e fournisseur d’accès Internet (Europe)

226 millions de clients dans le monde (Afrique 55 millions)

45,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires (2010)

172 000 collaborateurs

+ Orange Madagascar :

Création : 1997 (Antaris)

Capital : Orange (65,9 %) – Mauritius Telecom – Fiaro – Sicom

3,8 millions de clients

63,2 % de part de marché

Propos recueillis par Alain Eid

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