Mauritia: Le microcontinent perdu
1 mai 2013 - Nature commentaires   //   853 Views   //   N°: 40

Ce n’est pas l’Atlantide, mais presque. Son nom, Mauritia. Un microcontinent détaché de Madagascar il y a 60 millions d’années et qui se trouve actuellement à 10 km en dessous de l’île Maurice et de La Réunion. S’il s’avère riche en pétrole, la question de son appartenance va sérieusement se poser, notamment du côté malgache…

Qui a dit qu’il n’y a plus rien à voir dans ce gros village planétaire ? Une étude publiée en février dernier dans la revue scientifique britannique Nature Geoscience révèle que sous l’île Maurice et la Réunion se cache un « microcontinent » préhistorique dissimulé sous une épaisse couche de lave à plusieurs milliers de mètres sous l’océan Indien.

Pour une surprise c’est une surprise ! Ce fragment de continent, baptisé Mauritia, se serait détaché voici quelque 60 millions d’années de l’actuelle Madagascar, au moment où la Grande Île séparée du supercontinent Gondwana dérivait en s’éloignant de l’Inde. Il aurait été recouvert ensuite par d’énormes quantités de lave remontée du coeur de la Terre.

Invisible à l’oeil nu sous sa croûte de lave, il n’a été repéré que grâce à la découverte par une équipe de chercheurs allemands et norvégiens de cristaux de zircon d’origine volcanique sur une plage mauricienne. Le paradoxe est le suivant : si l’île Maurice est apparue voilà neuf millions d’années, comment peut-elle abriter des zircons vieux de deux milliards d’années ? Élémentaire, mon cher Watson, par l’activité volcanique et parce qu’en dessous, à une dizaine de kilomètres sous le niveau de la mer, se cache un morceau de continent oublié depuis la Préhistoire ! « On est actuellement en train de se demander à qui devrait appartenir Mauritia, à Madagascar, à Maurice ou à La Réunion ? », lance le professeur Raymond Rakotondrazafy, du département Science de la Terre de l’Université d’Antananarivo.

Une question qui n’est pas si innocente qu’elle en a l’air, car « ce fragment de terre peut renfermer bien des richesses, notamment du pétrole », explique le Pr Rakotondrazafy. De source informée, cette équipe de chercheurs européens était bien dans la région pour prospecter le précieux or noir. Si sa présence était avérée, tout le problème est de savoir à qui son exploitation reviendrait. 

Bien entendu, tout est dans la façon de poser le problème ! « Si on s’en tient à l’espace maritime où se trouve Mauritia, il n’appartient plus à Madagascar, car bien au-delà des distances définies par la loi internationale sur les eaux territoriales. Mais si l’on démontre qu’il est toujours relié de façon souterraine à la Grande Île, que le plateau continental qui relie les deux n’a pas été cassé, alors nous avons des droits légitimes sur Mauritia », fait valoir le Pr Rakotondrazafy Pétrole ou pas, l’intérêt à sonder Mauritia reste d’abord scientifique.

Le microcontinent date du Jurassique et peut être regardé comme un instantané enfoui sous terre d’une époque qui a vu mourir les derniers dinosaures ! De plus, la communauté scientifique est d’accord que « l’Océan indien pourrait être jonché de milliers de microcontinents similaires à Mauritia », ainsi que le souligne la revue Nature Geoscience. 

Tout commence il y a 60 millions d’années, lorsque la partie orientale du Gondwana, un « supercontinent » apparu voici 600 millions d’années, se fracture pour former Madagascar, l’Inde, l’Australie et l’Antarctique, lesquels vont lentement migrer pour finir par occuper leur position actuelle. Durant la dérive des continents, d’autres petits morceaux de ces masses continentales ont été semés en cours de route.

C’est notamment le cas de l’archipel des Seychelles, jusqu’alors considéré comme une curiosité géologique par les spécialistes. La clé du mystère, et de bien d’autres encore, se trouve sans doute sur Mauritia à dix kilomètres sous nos pieds…

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