Mahamoud : D’une île à l’autre
5 mai 2015 - Cousins-cousinesNo Comment   //   1995 Views   //   N°: 64

Mahamoud Abdulbar est passionné par son histoire, et ouvre les portes de sa culture. Il incarne à lui seul les différentes influences qui ont participé à sa construction identitaire : Malgache sakalava, Comorien d’origine yéménite, et Réunionnais depuis quelques années. 

Président à Saint-Pierre de La Réunion d’une association culturelle comorienne pendant sept ans, Mahamoud Abdulbar défend le principe d’altérité : la compréhension de la particularité de chacun. Cette ouverture d’esprit, c’est à travers son histoire familiale qu’il l’a construite. Ses ancêtres sont originaires du Yémen, comme de nombreux Comoriens. Si ses grands-parents ont d’abord navigué près des côtes de Zanzibar jusqu’à Lamu, au Kenya, ils se sont ensuite installés à Mahajanga, utilisant les boutres pour assurer le commerce entre les différents ports du canal du Mozambique.

C’est dans un village près du fleuve Betsiboka qu’est née la mère de Mahamoud. La famille émigre ensuite dans l’archipel des Comores en 1972, en même temps que l’armée française quitte définitivement Diego Suarez. De nombreux Comoriens installés à Madagascar partent sur Marseille ; Mahamoud et sa famille rejoignent l’archipel des Comores. Mahamoud est imprégné de ses origines, et s’intéresse tout au long de son parcours à son histoire sociale et familiale. Il comprend le sakalava et son dérivé, le kibushi, fréquemment utilisé dans certains villages de Mayotte. Il parle aussi le grand-comorien (shingazidja), le mohélien (shimwali) et l’anjouanais (shindzuani).

Il revient avec recul et sans haine sur tous les liens entre Madagascar et les Comores, notamment sur les massacres de plus de 1 000 comoriens en 1976, événement marquant pour les deux populations, Betsiraka et Comoriens qui cohabitaient jusque-là. Mahamoud défend le mélange des cultures, et a développé ce principe au sein de son association à La Réunion pendant plusieurs années : « Ne pas rester chez soi, montrer ce que nous savons faire, qui nous sommes », afin de favoriser l’intégration des populations mahoraises dans la société réunionnaise.

Ses convictions, il souhaite que les enfants comoriens installés ici les partagent, qu’ils puissent s’intégrer, pour éviter le piège de la délinquance qui les guette bien souvent. Ici,le choc des communautés a parfois lieu dans la rue, mais surtout dans les prisons réunionnaises, depuis le transfert massif à partir de 2008 des Comoriens en situation irrégulière, de la prison de Mayotte à celle du Port.

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