Lova Nantenaina : « Pas qu’Hollywood »
9 mars 2015 - Cultures commentaires   //   3287 Views   //   N°: 62

Ady Gasy, sorti en 2014, est le premier long-métrage documentaire de Lova Nantenaina. Un hommage au savoir-faire malgache dans un environnement matériel souvent réduit à trois fois rien. Un film qui a profondément ému dans les festivals internationaux et pose les jalons d’un nouveau cinéma malgache. 

Ady Gasy est en passe de devenir l’un des films malgaches les plus récompensés à l’extérieur…
Il a été projeté dans pas mal de festivals, comme au Hot Docs de Toronto où il avait été sélectionné parmi 2 000 participants. Il a été consacré meilleur film de la zone océan Indien à La Réunion et a reçu le Prix Éden du documentaire à Besançon. Il est encore sélectionné pour la 24e édition du Fespaco, au Burkina Faso, l’un des plus grands festivals africains de cinéma qui se tiendra du 28 février au 4 mars. Mais j’ai aussi à coeur de le restituer à son pays, à tous les Malgaches, d’où la projection que 

j’ai organisée le 8 février à Ankorondrano pour rendre hommage à tous les personnages, techniciens et artistes du film. 

C’est si important cette identité malgache ?
Seules nos créations peuvent contrebalancer l’image misérabiliste sans nuances qui est renvoyée de notre pays à l’extérieur. Dans Ady Gasy, je parle de la débrouille des artisans d’ici liée à la pauvreté, comme ces gens qui fabriquent des chaussures avec des pneus, mais je montre aussi que ce peut être une alternative au tout manufacturé, au tout jetable de l’économie dominante. Notre voix singulière dans le concert mondialisé. Se voir à l’écran, c’est être face à une glace. Moi, je décris une réalité dure, mais je filme mes personnages à hauteur d’homme, les yeux face à la caméra, par respect pour eux. À travers le cinéma, c’est notre vision du monde que nous partageons. Nos contes, nos légendes, notre histoire, il faut les mettre en images, parce que personne ne le fera à notre place. Ilo tsy very de Solo Randrasana, Tabataba de Raymond Rajaonarivelo, voilà des oeuvres qui nous ont montré le chemin d’un cinéma malgache émancipé. Il faut donner à nos créations au moins la même place que celle que nous réservons au cinéma étranger.

C’est quand même une question de moyens…
Je ne prétends pas représenter le cinéma malgache, mais je ne manque jamais de souligner qu’il y a un vivier de talents à Madagascar, que ce soit en animations, en fictions ou en documentaires. Bien sûr, peu de films aux normes internationales sont produits à Madagascar, car cela coûte terriblement cher, surtout une fiction. En Europe, il faut compter au moins un million d’euros. Ici, on peut s’en sortir avec 300 000 euros, en payant tout le monde : techniciens, acteurs, production, réalisateur, encore faut-il les trouver ! Haminiaina Ratovoarivony et son Malagasy Mankany me semble néanmoins prometteur, tout comme Elo mainty d’Andry Rarivonandrasana que j’adore. Certes, il y a encore chez nous des faiblesses techniques et scénaristiques, mais on a le niveau pour exporter notre cinéma, avec notre identité propre. On n’a pas à consommer exclusivement Hollywood, Bollywood ou Nollywood (le cinéma du Niger). Le cinéma est une industrie qui crée de l’emploi, mais aussi de l’imaginaire, et surtout de l’espoir.

Ady Gasy (À la malgache)
Durée : 84 minutes
Année de production : 2014
Scénario : Lova Nantenaina et Eva Lova
Musique : Milanto, Mirana, Vahömbey, Jao…
Montage et réalisation : Lova Nantenaina

Propos recueillis par #JoroAndrianasolo 

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