Lôlô sy ny tariny : TRENTE-CINQ ANS APRÈS
12 septembre 2012 - Cultures Music Musiques commentaires   //   2289 Views   //   N°: 32

Lôlô et ses potes (traduction de sy ny tariny) s’apprêtent à célébrer leurs 35 ans de carrière avec un grand concert parisien programmé à L’Olympia en juin 2013. Réunie au grand complet, l’icône du folk malgache continue à imposer ses savantes polyphonies et ses complaintes acoustiques.

Trois décennies plus tard, la magie fonctionne toujours. La bande à Lôlô continue à faire figure de groupe culte dont les trop rares passages au pays déclenchent à chaque fois l’hystérie collective. On l’a encore vu à leur unique concert joué à guichets fermés au Palais des sports, le 25 août dernier, où toutes les places étaient vendues depuis trois semaines ! Sans préjuger de ce que sera leur grand passage à l’Olympia, en juin 2013, pour fêter en France leurs 35 ans de carrière.

Avec Mahaleo, c’est tout simplement le groupe le plus emblématique des années soixante-dix. Le groupe malgache qui résonne aux quatre coins de la planète folk. Savates taillées dans les pneus, jeans cradingues, cheveux longs, look contestataire… les premiers clones de Dylan et de Joan Baez ont fière allure ! À l’origine, des copains du lycée Galliéni de Tana qui décident de monter leur propre combo. Il y a bien sûr Lôlô, mais aussi Erick (Manana), Bebey, Beny, Raplay, Gôda, Pasy, Dina… sans oublier Hanitra Ranaivo, la seule fille du groupe, arrivée en 1979. Aujourd’hui, tous mènent des carrières différentes à l’étranger, conscients d’être chacun les dépositaires du mythe Lôlô sy ny Taniry.

Bebey se souvient encore de leur premier concert à l’actuelle salle de spectacle CC. Esca. Pour limiter les dépenses, le groupe avait dessiné lui-même ses affiches qu’il avait ronéotypées et collées un peu partout. « Pour nous rendre au concert, Erik et moi on a pris un taxi. À un moment la route était bourrée de monde et Erik a demandé au chauffeur où allaient tous ces gens. Ce dernier lui a répondu : ils vont assister au concert d’un groupe nommé Lôlô sy ny Tariny. Là on a commencé à trembler de peur et à réaliser qu’on n’était plus au lycée ! » Ce jour-là, le groupe fera salle comble et empochera 70 Ar de bénéfice : « Avec cet argent on a acheté une bouteille de soda et des pains aux achards », se souvient Bebey. Ainsi s’écrit l’histoire !  
 

Leur référence musicale va aussi bien au folk acoustique façon Léonard Cohen qu’au blues électrique à la Jimi Hendrix ou au jazz-rock planant du Mahavishnu Orchestra ! Mais pas de pâles imitateurs : la guitare sèche n’hésite jamais s’effacer devant la valiha, la caisse claire à se taire pour laisser parler les percussions traditionnelles. Parfois ça sonne comme du Crosby, Stills Nash and Young, parfois comme un groupe amérindien Los Machinchos des années 70, la flûte de pan en moins ! Bref, du jamais entendu à Madagascar. À l’image d’une génération qui, depuis 1972, se veut unique, gueule, manifeste, se met en grève, fait tomber les Régimes ! À tout ce romantisme de la jeunesse s’ajoute un authentique intérêt pour le quotidien des petites gens d’ici, ce qui donnera les plus belles chansons « engagées » jamais écrites en malgache.

La suite, c’est une rencontre magique, celle du chanteur néo-zélandais Graeme Allwright, qui les introduit dans les milieux internationaux du folk (Erick est toujours son guitariste attitré). L’occasion pour la bande à Lôlô de remplir des stades de 50 000 personnes au rythme des plus grands festivals : le Paleo Folk de Nyon, l’Afrikanisher November de Hambourg, le Printemps de Bourges… Toute cette folie des années 80 où Lôlô sy ny Tariny contribue à l’émergence de la Word Music, en se produisant aux côtés des Touré Kunda, Youssou N’dour, Francis Bebey… Malgré sa longue carrière, le groupe n’a que très peu enregistré, et quand on lui en demande la raison, la réponse est toujours la même : « Pourquoi graver un disque ? Nos morceaux sont déjà gravés dans le coeur des gens… » 

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