Loïc Damade
18 mai 2012 - CulturesNo Comment   //   1344 Views   //   N°: 28

Entre la folie qu’on enferme et celle qui s’expose, il y a la folie Loïc Damade. En résidence artistique à Madagascar, l’artiste français a fait son plein de sensations et découvert qu’il existait une jeune peinture malgache contemporaine. Au fou !

Avec Prière de ne pas crier présenté à l’Is’art Galerie en janvier dernier, puis au Louvre le mois suivant, le peintre Loïc Damade a fait sensation. Ne serait-ce que par la mise en scène quelque peu « délirante » du vernissage où on le voyait plus schizophrène à lui tout seul que Van Gogh et Antonin Artaud réunis !

On y retrouvait quelque chose de l’esprit de provocation qui accompagnait les manifestations dadaïstes au tout début des années 1920.

Un courant artistique né comme une poussée de fièvre au lendemain de la Première Guerre mondiale et auquel Damade n’est pas absolument étranger, puisqu’il se réfère beaucoup dans sa peinture à l’expressionnisme allemand de ces mêmes années d’après-guerre. Également une façon presque tactile de poser la couleur qui peut faire penser à Cézanne, « dans sa période couillarde », précise-t-il. Bref, un garçon très cultivé !

« L’inspiration artistique ressemble un peu à la folie. Tout le monde était persuadé que Cézanne était fou quand il peignait la montagne Sainte-Victoire », explique-t-il. Se présenter comme un fou est donc l’ultime hommage à rendre à ces grands toqués de l’art.

« La folie qu’on enferme », disait Rimbaud. Car il y a l’autre folie, celle qui court les rues et qui n’étonne plus personne (regardez votre journal télé). Une frontière tellement mince et que Loïc Damade entend bien transgresser.

« Des gens qui crient dans la rue, on dit qu’ils font la fête ou font une révolution. Mais si vous criez seul dans la rue, on vous colle à l’asile. Et si ceux qui étaient enfermés étaient les plus nombreux, qui traiterait-on de fous ? » Plaidoyer pour les chamans, les artistes, les poètes… plus on est de fous, plus on rit ? Pour aller au bout de sa démonstration, l’artiste aime à entourer ses toiles de symboles « flippant » comme la croix rouge, la blouse blanche, la camisole de force…

« Ce sont les symboles de la violence sociale faite au déviant, au hors-norme, au mutant », considère Damade. Et dire que ce grand garçon qui respire la santé, a failli devenir prof de sports ! Arrivé à Madagascar en mai 2010, après avoir passé près d’un an à la Réunion, il aura réalisé 25 toiles en résidence artistique.

Pas de méthode préétablie : « Soit je commence par un croquis au crayon sur papier, soit j’attaque directement à la toile avec une idée prédéfinie », explique-t-il. Acrylique, gouache, fusain, toutes les combinaisons sont possibles. « De temps à autre, j’utilise un stylo-bille pour hachurer mes dessins et leur donner un rendu plus nerveux ». Reparti en France en mars dernier, il compte bien revenir au pays pour finaliser un documentaire consacré aux peintres contemporains malgaches.

Car il y a une peinture malgache contemporaine, « à faire découvrir d’urgence », estime-t-il. Enfin, Loïc Damade exposera dans les prochains mois à Bruxelles et à Paris. La raison du plus fou n’est pas celle que l’on croit…

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