Liva Rajaobelina
1 octobre 2014 - Portfolio commentaires   //   2975 Views   //   N°: 57

Animal on est mal

Expérimentant depuis deux ans le dessin à l’encre de Chine sur papier antemoro, Liva Rajaobelina a vu peu à peu son regard se transformer. Aux paysages et scènes de genre ont succédé des thèmes plus existentiels sur fond de malaise social non résolu

Sa marque de fabrique, a longtemps été le dessin au stylo-bille et à la lame de rasoir sur papier carton lisse. Une technique dont il revendique la totale paternité. Pour autant, depuis deux ans, Liva Rajaobelina s’essaye à un autre exercice : le dessin à l’encre de Chine sur papier antemoro traité. On a tout dit sur ce papier en fibres végétales, tiré de l’écorce de l’arbuste avoha, et travaillé traditionnellement dans le Sud-Est par les Antaimoro (ou Antemoro). « J’ai commencé à dessiner au stylo, mais cela pose un problème au niveau de la conservation. Exposée au soleil, l’image se floute et peut disparaître dans les deux jours. L’encre de Chine m’est donc apparue beaucoup plus indiquée. »

Un changement de technique qui correspond aussi à une autre façon d’exprimer sa vision du monde : aux classiques paysages et scènes de genre qui caractérisaient jusqu’ici son œuvre, sont apparus des thèmes plus existentiels destinés à interpeller davantage le public. Lui parle de « malaise », social ou politique, qu’il traduit en image sans prétendre apporter une solution. C’est ainsi qu’en 2012, lors d’une exposition en Vendée, en France, il a présenté Animalité, dessin dépeignant ouvertement une scène de viol, ce qui lui a valu pas mal de réticence de la part des organisateurs : « Ils m’ont dit que c’était gênant d’exposer ça. Je leur ai répondu que c’est toujours gênant ce genre de choses, mais que si on ne le fait pas, si on ne casse pas ce tabou, on ne trouvera jamais de solution pour les victimes. » Dans le même ordre d’idée, il a produit Guerre, réalisé cette année, où il dépeint la douleur des pays vivant au milieu des conflits armés : « Malgré ces crises à répétition, les Malgaches ne savent pas ce que c’est que de vivre en guerre. Je voulais montrer ce qui peut arriver quand les conflits tribaux ou politiques pourrissent jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’autres solutions que de prendre les armes. »

Inspiré de maîtres malgaches comme Ralaipatsa qui fut parmi ses professeurs, ou universels comme Raphaël, Liva Rajaobelina crée sans contraintes et sans « méthodes de travail trop rigides ». Son parcours est des plus atypiques puisqu’il a d’abord étudié le bâtiment avant de se décider à tout lâcher pour le dessin. Un choix qui a porté ses fruits. À 43 ans, le voici auréolé de nombreuses distinctions : artiste de l’année 2008 pour le magazine français Pratique des Arts ou encore lauréat des Coloriades, concours de peinture dans le village d’Apremont, catégorie dessin et pastel. Enseignant au lycée technique professionnel d’Ampefiloha, filière céramique, c’est aussi comme tous les maîtres un passeur de savoir. Il exposera fin novembre à Tana avec le peintre antsirabéen Alain Rasolofoson. Nous y reviendrons.

Contact: +261 34 18 721 39

#JoroAndrianasolo

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