Linda Volahasiniaina : Plus d’une corde à sa valiha
4 juin 2012 - Cultures Music Musiques commentaires   //   1312 Views   //   N°: 29

Multidisciplinaire à tendance « revivaliste », elle jongle aussi bien avec la valiha, les percussions traditionnelles que la composition de musiques de films ou de danse. Sans parler de la musicothérapie. Mais où s’arrêtera-t-elle ? 

La fille à la valiha, comme on dit parfois. Parce que déjà, c’est rare une femme qui joue de cet instrument. Mais que dire alors lorsqu’on la voit au jejy voatavo (violon malgache) au kabôsy, aux percussions avec cette frénésie non feinte qui fait feu de toute tradition ? Multi-instrumentiste accomplie, telle est bien la carte de visite de Linda Volahasiniaina, alias Vola, qu’on a encore vu représenter Madagascar au Festival Zikanzil aux Seychelles, en mai dernier, aux côtés de Michel Rafaralahy.

Dire qu’elle est tombée dedans quand elle était petite est une banalité. « Chaque fois que je passais sous les arcades avec mes parents, le son de la valiha qui venait des marchés résonnait dans ma tête, et c’est comme ça que je me suis prise au jeu. » En 1992, elle rejoint la formation Akombaliha avec Rajery, vrai maître de la valiha aux côtés des Justin Vali, des Donné Andriambaliha, des Tombo Daniel. Puis c’est un 1er prix en solo au Concours National de valiha chromatique, en 1996.

Sa touche en plus : un rappel constant à la tradition. « La valiha ne se joue pas n’importe quand ni n’importe comment », expose-t-elle, rappelant qu’à l’époque royale, c’était l’instrument sacré qu’on ne sortait qu’aux grandes circonstances, comme les exhumations. « Pour moi, c’est un refuge. Quand je me sens heureuse, je peux en jouer huit heures d’affilée sans manger. Rien que d’effleurer les cordes, j’en tire de l’énergie. Dans les moments de colère, je préfère passer mes nerfs sur les percussions. » D’autant qu’elle les maîtrise fort bien. Tellement même qu’elle accompagnera Olombelo Ricky dans sa grande tournée en Belgique et en Hollande, en 2002 !

Transfrontalière aussi longtemps que la passion la guide, Vola découvre également la musique de danse en composant pour la Compagnie Rary, puis le cinéma. Après une formation en montage et en réalisation, elle se lance dans un film expérimental d’animation intitulé Oef (Feo [Voix] en verlan) qui sera sélectionné en 2007 aux Rencontres du film court (RFC). « La musique de film demande beaucoup plus de précision, car tout est calibré à la seconde, il faut savoir aller à l’essentiel », estime-t-elle. Ses réalisations s’enchaînent et tout dernièrement encore, le 14 avril 2012, elle était à l’affiche du ciné-concert donné dans le cadre des RFC.

En 2009, la jeune femme se découvre une nouvelle passion : la musicothérapie dans le cadre d’accompagnement de malades d’Alzheimer et fonde dans la foulée le Centre d’éducation artistique d’Ambanidia Miandrarivo. Un lieu ouvert qu’elle destine à la promotion des percussions malgaches tout autant que des jeux traditionnels, comme le fanorona. « J’ai envie de transmettre ma culture aux plus jeunes, même si je sais que ce sera un long combat en ces temps de mondialisation… »

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