Les usines à carton à fond la caisse
11 août 2015 - Cultures FombaNo Comment   //   1950 Views   //   N°: 67

L’actualité est aux examens. Les usines à carton tournent à fond la caisse en ce mois d’août. Les vacances peuvent attendre, si on peut parler de vacances dans le quart-monde tout au combat pour la survie, sinon et paradoxalement, pour le paraître.

En ces temps de pénurie et d’inflation généralisée, les parents mettent les petits plats dans les grands pour que leur progéniture décroche le sésame – le diplôme qui servira de justificatif à une dizaine d’années et plus de travaux forcés dans les écoles, d’une centaine de mois à payer des frais d’inscription, frais généraux, fournitures, manuels, cours particuliers et cetera, et cetera. Et pour les écoliers, collégiens et lycéens, cela représente des milliers de jours à trimballer chacun, une sacoche d’un à deux kilos. Le mois d’août donc, c’est le créneau des usines à cartons ou des abattoirs des cours particuliers… forcés. Des écoles imposent des cours payants dont le montant n’est pas compris dans les écolages mensuels. Ils servent à gonfler les dernières fins du mois de l’instituteur ou du prof, les forçats de leur vocation.

Les pubs et les promesses du genre « bac garanti » fleurissent sur les affichettes apposées sur les poteaux de l’éclairage public. 

« La dernière ligne droite », « le bac sans peine », « dépassez-vous » et cetera, et cetera – et les parents casquent et les ados triment. Toutes ces dépenses en argent et en sueur en valent-elles la peine ? Certes. On aurait pu construire une maison avec, dirait celui qui veut convaincre un fumeur invétéré d’en finir avec son péché favori. Mais, ce sera peine perdue pour toutes les ligues antitabac du monde. C’est comme le goût pour le masochisme. Être accro au supplice scolaire ? C’est dans le sang et dans la tête. Un enfant qui ne va pas à l’école est handicapé à jamais. Non qu’il ne connaisse rien à rien, mais parce que ne pas aller à l’école est perçu comme une tare rédhibitoire.

Dans deux semaines, ce sera l’examen du baccalauréat, précédé d’un en-cas, le brevet, et le tout, préfiguré par le certif, le certificat d’études primaires qui annonce, bien avant l’âge bête des ados, qu’une longue marche les attend avant de faire leur trou dans le marché du travail, gonfler le taux de chômage ou l’encombrement des trottoirs.

Le petit Malgache a la culture de l’école chevillée au corps. Si bien que l’on s’interroge sur la fréquentation scolaire en chute libre ou l’explosion du taux d’échec. Et pourtant, aux fins fonds de la cambrousse, chaque petit bled perdu a son école, sauf qu’elle est vide, pour la plupart, faute d’instituteurs. Alors, les parents se mettent en quatre pour salarier un des leurs qui connaît un peu ses lettres, qui avec des mesures du riz ou de maïs, qui avec des journées à travailler la rizière ou les champs, à rafistoler le toit ou les portes du candidat-instit reçu à l’examen de passage devant toute la communauté réunie en assemblée générale. L’État classifie l’heureux élu avec le sigle Enfa, Enseignant nonfonctionnaire, l’obscur et dernier survivant des lettrés, les citoyens d’une civilisation en voie de disparition.

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