Les rouges malgaches au banc d’essai
5 juin 2012 - Gastronomie Vins du mois commentaires   //   1555 Views   //   N°: 29

Les rouges malgaches n’arrivent toujours pas à trouver leur place aux côtés des redoutables crus chiliens ou sud-africains qui se partagent le marché des « petits vins pas chers ». Jeunes ils le sont, trop sans doute au regard des pratiques vinicoles, mais sont-ils aussi « raides » qu’on le dit. A voir ! 

Pour l’amateur de crus français, chiliens ou sud-africains, le vin malgache obtient tout juste le titre de « piquette », de « picrate », voire d’« honorable vinaigre de table ». Pas de quoi pavoiser comparativement à nos voisins de la province du Cap et leurs rouges si forts en gueule ! A moins que ce ne soit un problème de sol, de plants, d’assemblage ? Bref, la question est posée : pourquoi n’arrivons-nous pas à produire des rouges qui tiennent la route ?

Dans un pays où la viticulture fait vivre plus de 800 familles, voire plus de 1 000 pendant les vendanges, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une activité agricole qui n’est là que pour faire joli. Plutôt une activité « en devenir » qui n’a pas encore trouvé ses marques parmi les jeunes pays producteurs de vin de l’océan Indien (l’Afrique du Sud, bien sûr, mais aussi La Réunion, l’Australie, l’Inde…)

D’abord un savoir-faire récent. Les vignobles de Madagascar apparaissent dans le sillage de la colonisation, mais la viticulture en soi n’a réellement été pratiquée qu’à partir des années 1920. On est loin des 2 000 ans de tradition de la zone méditerranéenne. Aujourd’hui, on arrive à une superficie totale estimée à 3 000 ou 4 000 hectares, essentiellement sur les Hauts Plateaux, entre la capitale et Fianarantsoa. Un chiffre d’ailleurs en déclin par rapport aux années 1980.

Pour l’oenologue Gaby Petit, le positionnement géographique de l’île joue plutôt en sa défaveur. Madagascar a beau se trouver dans la zone climatique des pays traversés par le Tropique du Capricorne et renommés pour leurs vins (Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Argentine, Chili), « chez nous, on remarque que les régions vinicoles se trouvent à 200 ou 300 kilomètres plus haut, donc plus près de l’équateur. Ce qui fait que nous n’avons pas de vrais hivers ni de vrais étés en terme d’ensoleillement. Ce n’est pas la température qui importe, c’est l’ensoleillement. Dans les latitudes un peu inférieures à la nôtre, comme en Afrique du Sud ou au Chili, cet ensoleillement est bien meilleur, et cela fait toute la différence… »

Un deuxième handicap, toujours selon Gaby Petit, tient à la saison des vendanges. Chez nous, elles se font en février, à la saison des pluies. La vigne est alors gavée d’eau, ce qui est très mauvais pour la teneur en sucre, car c’est le sucre qui entraîne la fermentation et qui donne le degré. « Les viticulteurs locaux sont donc obligés d’avoir recours à la chaptalisation, c’est-à-dire d’incorporer du sucre de canne dans le vin pour faire augmenter le taux d’alcool. C’est comme ça que nous avons des vins un peu trop acides, trop verts et qui provoquent le mal de crâne du lendemain », explique l’oenologue.

Un troisième dysfonctionnement apparaît au regard du processus de vinification et de la phase de vieillissement du vin. A Madagascar, les méthodes de vinification sont encore artisanales et les cépages hybrides utilisés, notamment Vitis vinifera et Vitis labrusca, demandent de trois à cinq ans de période transitoire. Impossible donc d’avoir un « millésime », un pur produit de l’année, et c’est quand même fâcheux s’agissant de vin !

Une vitiviniculture malgache qui se cherche et toujours dans sa phase de naissance, tel est le bilan à tirer aujourd’hui. Mais après tout qui aurait parié sur la notoriété mondiale du vin sud-africain il y a encore 40 ans ?

Malgré ces « fautes de jeunesse », les vins apéritifs locaux, comme les vins cuits du monastère de Maromby, à Fianarantsoa, sont tout à fait recommandables. Et si les rouges décidément ne payent pas de mine, certains concèdent aux blancs et aux gris malgaches une réelle tenue de table, à condition bien sûr d’aimer le vin « vert »

Clos Malaza Rouge
« C’est un vin avec un style souple, fruité et se consomme rapidement. Il peut accompagner le poulet, la viande ou le fromage malgache…. » 

Lazan’i Betsileo
« C’est un vin avec un style souple, fruité et se consomme rapidement. Il peut accompagner le poulet, la viande ou le fromage malgache…. » 

Côte de Fianar, Côteaux d’Ambalavao « cuvée spéciale » rouge et Côteaux d’Ambalavao
« Comme ces vins sont issus du même processus de vinification, le résultat et leur goût est le même : l’acidité et l’amertume sont toujours présents » 

COMMENTAIRES
Identifiez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.
Fermer