Les morts ou nos voisins d’à côté
2 novembre 2013 - Cultures FombaNo Comment   //   3642 Views

n°46

Vivent les morts ! Les morts ne sont pas morts. De juillet à novembre, le « famadihana » anime les Hauts Plateaux. La coutume du retournement des morts a résisté au zèle missionnaire des temps anciens et au purisme sanitaire…

Les touristes sont toujours ébaubis devant le spectacle de ces familles qui se retrouvent avec leurs morts, le temps d’une formidable bamboula. Le temps des larmes est censé être révolu. Toute la famille y compris la diaspora, les voisins, voire les autorités, font table commune autour du varybemenaka (N.D.L.R., riz « très » gras) avec force viande de porc ou de zébu. Avec la fanfare, c’est ce qui coûte le plus cher pour les famadihana.

Les réjouissances se déroulent impérativement dans le tintamarre des cuivres, des flûtes, des clarinettes et des tambours d’une fanfare. Pas de fête des morts sans décibels, qui font partie intégrante des rites. La sono moderne a ainsi tout naturellement, gagné sa place dans la tradition.

L’expression « un bruit à réveiller un mort » rejoint la réalité à Madagascar. Car, les morts entendent. On les appelle d’ailleurs la veille de la cérémonie festivités, pour qu’ils rejoignent leur dernière demeure. Tous les Occidentaux restent toujours interdits devant le spectacle, car, eux, ils oublient leurs morts sitôt leur deuil fait. Ils se résignent devant le fait accompli. Pour les vazaha, la tombe scelle une disparition définitive, jusque dans les mémoires. Personne n’a idée de sortir un corps pour le changer de linceul au soleil, étendu sur des nattes puis sur les jambes de sa descendance. Pour les Malgaches, le tombeau n’est qu’une autre demeure où toute la famille finira par se retrouver. « Vivants, une même maison, morts, un même tombeau », dit le proverbe.

C’est une vision plutôt rassurante de ces énormes quadrilatères de pierres de taille, qui essaiment sur toutes les collines de l’Imerina. A chaque enterrement, les jeunes, futurs chefs de famille, accompagnent leurs pères, leurs oncles ou des « grands aînés » pour repérer la place qu’occupera le défunt et bien s’en souvenir, et dans la même démarche, se rappeler qu’Untel est ici, Une telle est là et que ce corps-ci c’est Untel ou Une Telle et que cet amoncellement-là, ce sont les époux Untel et Une Telle qu’on a réuni dans un même linceul et ainsi de suite. Quand il y a jusqu’à une centaine de corps dans un tombeau, la pratique est d’une très haute nécessité. Avec le temps, les descendants risquent de ne plus s’y retrouver parmi tous ces ancêtres des uns et des autres. Cela arrive. On prévoit souvent un très large linceul pour en recouvrir un groupe de corps qui semblent en avoir besoin. C’est économique et cela porte bonheur.

Tout l’hiver, les Hauts plateaux vivent ainsi dans la haute saison des vivants qui entretiennent avec les morts des relations de bon voisinage. Un Américain aurait pu être un malgache de cœur et d’âme. Il disait pour consoler ceux qui s’affligeront de sa disparition, qu’il cheminerait toujours avec nous, mais, simplement, « de l’autre côté de la route ».

#Mamy Nohatrarivo

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