Les mois les plus longs par Mamy Nohatrarivo
9 janvier 2015 - FombaNo Comment   //   2133 Views   //   N°: 60

L’année est morte, vive l’année nouvelle ! Elle vivra 365 jours ou 364, mais pas plus. C’est couru d’avance. Ensuite, elle rejoindra les milliards et les milliards de ses congénères qui l’ont précédée depuis l’origine des temps. Leçon d’humilité ! 

Comme le dirait Monsieur de La Palisse, le Nouvel An commence le 1er janvier, mais on ne le vit véritablement que le 2 janvier. Du 25 au 31 décembre, on n’a pas la tête à penser à la fin des cycles et autres considérations philosophiques tournées vers l’éternité. L’explication est simple : on dépense sans compter, et la note à payer est le dernier des soucis. Et pourtant, il va bien falloir la payer ! Les fêtards n’auront pas trop de janvier et de février pour ce faire. Après la pluie, le beau temps. Après la nouba, les factures, et elles seront salées. Voilà pourquoi la vie commence le 2 janvier. 

Elle commence par les comptes et les regrets. Les fonctionnaires sont les plus en peine. La solde est régulière et certes, tombe à la date sonnante, sauf que le virement ou le bon de caisse coïncide avec les rendez-vous pris avec les créanciers, 

voire l’usurier, le proprio, la facture d’électricité, les frais de scolarité et tutti quanti. Pour ne pas faciliter les choses, la solde de février accuse toujours un bon retard. C’est toujours comme çà tous les ans. Les fonctionnaires le savent, car l’Etat, semble-t-il, fait ses comptes et la rapidité n’est pas son fort. 

Si l’Etat, heureusement, est bon payeur, il est très mauvais prêteur, voire n’est pas prêteur du tout. Alors quand on s’entend souhaiter bonne et heureuse année, alors que la dure réalité aura dessillé les yeux, le moment sera bien mal indiqué. On sent la moutarde monter au nez, comme sous le coup d’une mauvaise blague. Moralité : il ne faut pas présenter ses voeux immédiatement après le lendemain du premier de l’an, ni le jour suivant. Le bon moment pourrait être vers fin février. Tout le monde ou presque, aura épongé ses dettes et apuré ses comptes. 

Comme partout dans le monde, les Malgaches croient aussi qu’ils peuvent changer de peau du jour au lendemain et, par la magie d’une eau lustrale, s’imaginent, l’espace d’une nuit, que demain sera le premier jour d’un nouveau destin. Naguère le jour de la Fête du Bain, quand le souverain ou les raiamandreny, les pères-et-mères, procèdent au rituel de l’aspersion purificatrice, c’est un peu l’équivalent de la douche qui, le matin des soirées arrosées et de la gueule de bois, récure et apporte l’apaisement pour mieux rebondir. C’est de circonstance, il va falloir de la force et du courage pour affronter les lendemains qui déchantent. Comme une vieille guimbarde souffreteuse, l’année peine toujours à démarrer. Il lui faut au moins deux mois pour se rétablir de Noël et de la Saint- Sylvestre. Janvier-février sont les mois les plus longs de l’année. Mais, comme le disent si bien les Malgaches, on ne se souvient jamais des durs hivers passés.

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