Le Vietnam à Mada
15 septembre 2016 - ÉcoNo Comment   //   2526 Views   //   N°: 80

Depuis deux ans, les relations diplomatiques sont à nouveau au beau fixe entre Madagascar et le Vietnam. Conséquence, les projets de partenariats « gagnant-gagnant » se multiplient. Explications du consul honoraire de la République socialiste du Vietnam à Madagascar Andry Éric Ramiandrasoa.

Andry Éric Ramiandrasoa
(Consul du Vietnam)

« Bientôt une chambre de commerce »

Pouvez-vous nous rappeler les temps forts qui ont marqué les relations diplomatiques entre le Vietnam et Madagascar ?

Le Vietnam entretient des relations diplomatiques avec Madagascar depuis le 18 décembre 1972. Le contexte géopolitique de l’époque a rendu naturel le rapprochement entre Madagascar et le Vietnam. Les deux pays étaient membres du mouvement des pays non-alignés et les dirigeants respectifs de l’époque voyaient dans le socialisme la meilleure politique de développement. Les relations diplomatiques entre le Vietnam et Madagascar ont connu leur apogée durant la IIe République malgache avec différents accords de coopération et envoi de coopérants techniques. Pour sceller la bonne entente entre les deux pays, les gouvernements vietnamien et malgache ont inauguré la place Hô Chi Minh à Antananarivo en 2001.

Combien y a-t-il de Vietnamiens à Madagascar ?

Il est recensé actuellement environ 120 familles issues pour la plupart de la vague d’immigration de 1947, lorsque des Vietnamiens arrivèrent par bateau militaire français fuyant la guerre d’Indochine. Ces Vietnamiens sont aujourd’hui assimilés à la population malgache et peu d’entre eux ont gardé la nationalité vietnamienne.

Ils sont regroupés dans la Communauté des descendants vietnamiens à Madagascar, soutenue par le Consulat, et pérennisent leur identité culturelle en célébrant les fêtes traditionnelles vietnamiennes.

À ce propos, existe-t-il une parenté culturelle entre ces deux pays qui sortent du même creuset asiatique ?

Il n’existe pas de parenté en tant que telle, mais certaines habitudes culinaires ainsi que la culture traditionnelle du riz en terrasse, par exemple, rappellent les origines asiatiques du peuple malgache.

Quel intérêt Madagascar présente-t-il pour le Vietnam ?

Le Vietnam reconnaît le potentiel énorme de Madagascar dans les domaines de l’agriculture, du tourisme et du pétrole. Il est intéressé à participer à la mise en valeur de ce potentiel. Mais la question serait plutôt de savoir comment optimiser un partenariat gagnant-gagnant entre les deux pays pour permettre à Madagascar de se remettre sur les rails du développement et tirer profit de l’expérience vietnamienne ? À ce titre, il appartient au gouvernement malgache et aux Malgaches eux-mêmes de mettre en place les cadres légaux afin de permettre le partage équitable des revenus entre tous les intervenants (État, opérateurs, population) dans le processus de production.

Qu’exporte Madagascar vers le Vietnam ?

Pour le moment, les exportations malgaches vers le Vietnam restent limitées. Cependant, la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays depuis 2014 devrait permettre la mise en place d’un meilleur partenariat commercial entre les deux pays. Des initiatives sont en cours pour favoriser la mise en relation des opérateurs économiques des deux pays avec notamment la création d’une chambre de commerce du Vietnam à Madagascar.

Le Vietnam est le deuxième exportateur de riz dans le monde, comment a t-il fait pour en arriver là ?

Suite à d’importantes réformes entreprises par le gouvernement vietnamien depuis 1988, le Vietnam a vu sa production agricole bondir en flèche. Ces réformes jettent les bases d’une nouvelle agriculture qui repense principalement les questions d’ordre économique et revient sur le rôle plus important à donner aux acteurs agricoles pour plus de stabilité dans ce secteur. Le Vietnam est alors passé d’une agriculture de subsistance à une agriculture d’exportation. L’augmentation importante des surfaces cultivables et l’optimisation des rendements lui ont permis de devenir un acteur majeur de la production agricole en Asie.

De nouvelles technologies sont utilisées au Vietnam pour doubler ou tripler la productivité de la riziculture. Pourrions-nous nous en inspirer ?

La sélection d’espèces de riz à haut rendement a permis au Vietnam de devenir le deuxième plus gros producteur de riz à l’échelle mondiale. Des programmes de coopération visant à faire venir des ingénieurs agronomes vietnamiens à Madagascar vont être mis en place dans un futur proche avec le concours du ministère de l’Agriculture malgache. Ces échanges de techniciens ont déjà eu lieu dans le passé et seront renforcés. Madagascar ne manque ni de main d’œuvre, ni de surfaces agricoles et peut nourrir l’ambition de devenir le grenier à riz de l’océan Indien.

Propos recueillis par #PriscaRananjarison

Cuisine
Il en « phô » pour tous les goûts !

Moins connue que la cuisine chinoise ou nippone, la cuisine vietnamienne a pourtant ses lettres de noblesse. Construite autour du principe du yin et du yang et des cinq éléments (Wu Xing), les plats vietnamiens se veulent l’équilibre entre le chaud et le froid, les épices et… la multitude d’ingrédients possibles.

Comme particularités, on peut citer la diversité (les plats varient du nord au sud, pour un pays qui a en gros la moitié de la superficie de Madagasagar) et la légèreté (ni trop grasse ni trop épicée). Le rituel du repas n’a rien de l’entrée-plat-dessert classique, tous les plats sont présentés en même temps et le nuoc-mam (sauce de poisson ou d’anchois fermentés dans du sel) trône fièrement au milieu de la table. On retrouve alors autour de ce condiment : le phô, la soupe nationale, le Mi Xâo (nouilles de blé sautées), le bo bun (salade) ou encore le châ cà (poisson frit au curcuma sur lit d’aneth et de ciboulette). Bien évidemment, le riz est très présent ainsi que la très odorante pâte de crevettes, emblématique de la plupart des cuisines de l’Asie du Sud-Est. Chuc An Ngon (bon appétit !)

Tradition
Faites le Têt !

Au Vietnam, plusieurs fêtes sont célébrées dans tout le pays mais la plus importante est le Têt Nguyên Dán, plus communément appelé Tết. Cette fête correspond au Nouvel An vietnamien qui marque l’arrivée du printemps, selon le calendrier lunaire. Signifiant « la fête de la première matinée », le Têt est célébré vers la fin ou le début des mois de janvier ou février.

Avant les festivités, les Vietnamiens nettoient leurs maisons qui sont ensuite décorées d’or et de rouge pour porter bonheur. Les fleurs sont également au cœur des décorations, notamment une branche de prunier, de pêcher ou d’abricotier en fleur pour empêcher les démons d’entrer. Côté cuisine, chaque famille prépare des plats spéciaux comme le bánh chung, des gâteaux de riz gluant farcis de viandes de porc et d’haricots, mais aussi des fruits et des légumes confits. Pour se souhaiter une bonne année, les familles rendent visite à leur proche et donnent de l’argent aux enfants et aux aînés pour leur porter chance. Et bien entendu, les rues sont animées avec l’explosion de pétards pour faire fuir les êtres malicieux.

Fashion
Belle en ao dai

L’ao dai signifiant robe longue est le symbole de la culture vietnamienne et de la féminité. Pour la partie haute, il est composé d’une tunique serrée avec un col Mao, de manches longues qui descend jusqu’aux chevilles. Le bas est constitué d’un pantalon, serré à la taille mais ample au niveau des chevilles. Au fil des siècles, l’ao dai a changé. Il est réalisé en soie et plus ajusté pour souligner les formes des femmes. Cette robe se porte pour les grandes occasions notamment pour les mariages et choisie dans une couleur rouge. Blanche, elle est portée par les jeunes filles pour marquer la pureté. Les femmes l’associent généralement avec le chapeau conique appelé nón lá, un autre emblème du pays. Il est fabriqué à partir de feuilles de latanier (palmier).

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