Le nouveau riche
6 juillet 2012 - FombaNo Comment   //   1425 Views   //   N°: 30

Un nouveau riche, c’est un peu le Gaulois sur qui le ciel est brusquement tombé sur la tête. Après avoir vécu d’expédients divers pendant toute une vie de dur labeur, voilà qu’il est milliardaire ! 

Dans les campagnes fleurissent des anecdotes sur les us et coutumes des dahalo (voleurs de bétail) qui ont réussi un gros coup. Les bandits de grand chemin qui viennent de razzier un millier de boeufs et ont réussi à les vendre se conduisent comme les nouveaux riches, mais version rurale. Ils allument leur cigarette avec des billets de banque. Ils ferment le bar après en avoir chassé les consommateurs, déposent des paquets de numéraires sur une table et consomment sans compter. Un parvenu ou un nouveau riche n’aime pas l’argent. Cela lui brûle les doigts et il le jette par les fenêtres. Disons gentiment qu’il a perdu le sens de l’argent après en avoir reçu toute une masse sur la tête. 

Quand on a gagné un milliard aux courses ou trouvé une gemme grosse comme çà de saphir, payer une tournée générale ne représente strictement rien. Mais cela permet de toucher le jackpot de la respectabilité. Au pays des pauvres, un milliardaire est Dieu le père en personne. Qui rêve de devenir Dieu ? Le nouveau riche en a la tentation. Puisqu’il peut maintenant s’offrir tout ce qu’il désire, il veut acheter le ciel. Au début, cela commence par des camions. Le premier milliardaire de courses de chevaux à Madagascar s’est payé deux camions de marque Mercédès, le top des tops pour les collecteurs de produits locaux. Il est maintenant ruiné et ses camions pourrissent sur cale, mais qu’importe. Il a vécu un rêve l’espace d’un moment. Le parvenu vit pour la galerie. Comme le roi Louis XIV, il est en représentation permanente. L’essentiel n’est pas de faire fructifier une manne tombée du ciel, mais de jouer le grand jeu.

Les concessionnaires automobiles de Tana ne s’y sont pas trompés. Lors du boom du saphir d’Ilakaka, il y a plus d’une décennie, ils sont descendus sur le site, ont érigé des stands et exposé des voitures tout terrain de luxe. Tout s’est enlevé sans marchandage ridicule. La culture du 4X4 date de cette époque dorée. Suit le boom du bois de rose. D’aucuns s’étonnent de ces voitures rutilantes qui roulent dans les rues du pays le plus pauvre du monde, ou des nouvelles constructions résidentielles. Une seule explication. Ce n’est pas le pays qui s’enrichit, mais des nouveaux riches qui naissent. Ils roulent, ils construisent, ils meublent. « Pour la bibliothèque, faites-moi dix mètres de Voltaire ». Daninos décrivait un nouveau riche empêtré dans un grave problème d’ordre culturel. Que mettre dans la bibliothèque pour ne pas avoir l’air d’un plouc inculte lors du tour du propriétaire ? Car, il faut bien en mettre plein la vue, sinon pourquoi être richissime si personne ne le sait ? Sa maison collectionne tout le clinquant chinois du marché. Pour les luminaires, fauteuils et sofa, tables et chaises, un seul mot d’ordre. Peu importe la qualité. « Faut que ça brille ! » 

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