Le mois du souffle des Ancêtres
15 novembre 2014 - FombaNo Comment   //   1892 Views   //   N°: 58

Vive les morts ! Novembre à Madagascar, c’est le mois pont entre la fête des Morts et la fiesta des vivants, Noël et le nouvel an, comme si ce neuvième mois préludait en avant-première, à la grande nouba des fêtes de fin d’année.

Du début novembre au 24 décembre, cela fait deux mois sans fête lors desquels le commerce périclite. Il y a sans doute un peu de cela, mais sur le littoral la fête des Morts surpasse les festivités de Noël, voire la fête nationale. Elle dure des jours et des jours, voire tout le mois de novembre. Ce sont les vivants qui font la fête en pensant à leurs morts.

Les touristes ne connaissent que la cérémonie du retournement des morts, le famadihana des seules Hautes Terres centrales. Sans doute, parce qu’elle est la plus spectaculaire. Les fleurs du 2 novembre, dont certains volent les pots pour les revendre le même jour, ou les visites pèlerinages sont plus des pique-niques de recueillement qu’une fête.

Lors des famadihana, les étrangers donnent l’impression chercher le plaisir de frayer avec le monde des tombeaux et les morts eux-mêmes. Ces corps manipulés, trimballés, tiraillés et cætera, évoquent la danse macabre du Moyen Âge européen, une farandole de réjouissance débridée où se mêlent les morts et les vivants. Ce temps est révolu. En Europe, les vazaha oublient leurs morts sitôt le deuil fait. Ils n’ont plus de contact physique ou visuel avec les disparus et ne gardent des morts et de la mort que des images qui font peur. Les vazaha semblent refuser l’inéluctable. En Europe, les cimetières sont relégués hors de la vue, car les tombes rappellent chaque dimanche les personnes aimées qui ne sont plus. Et, surtout, parce qu’elles rappellent la terrifiante Grande Inconnue de l’au-delà. Cela nuit à la bonne marche de la société de consommation.

Néanmoins, juillet-août-septembre à Madagascar témoignent que les morts font toujours partie de la vie. On continue de penser à eux. Les morts, disait l’autre, ne sont morts que quand personne ne se rappelle plus d’eux. C’est très malgache que ce souci de la pérennité à travers la descendance. La descendance assure la perpétuation de l’espèce, mais surtout l’entretien du souvenir, la flamme qui insuffle une nouvelle vie. À quoi sert de vivre sans des fils et des filles qui empêchent de définitivement disparaître dans le néant ? À Madagascar, les morts ne sont pas morts, ils deviennent des razana et revivent une nouvelle vie, comme ancêtres, mais dans les mémoires collectives. Peu importent alors les tombes ou ces grands quadrilatères qui parsèment les collines dénudées des Hautes Terres. Peu importe que, sur la côte Est, les morts d’un même clan soient empilés, anonymes, dans la fosse commune d’un kibory, la case de bois reléguée, isolée, loin de tout habitat humain. L’important sera qu’en novembre souffle l’esprit des ancêtres qui soudent les familles, fédèrent les clans et font la Nation.

 

par #MamyNohatrarivo

COMMENTAIRES
Identifiez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.
[userpro template=login]