Le Makay à hauteur d’homme
3 septembre 2015 - Escales commentaires   //   2347 Views   //   N°: 68

Né à cheval sur deux cultures rivales, très tôt bilingue, sans trop de racines, et rapidement sceptique quant à la bonne nature de l’homme, j’ai embrassé la carrière de caméraman et de voyageur car j’échappais ainsi à cette viscosité mentale qui jalonnait mes premières années et menaçait de devenir ma deuxième nature. Le temps passe vite. Les lieux défilent, à la fois fugaces et forts : l’Afrique du nord, Djibouti, l’Islande et toutes ces terres qui aimantent irrésistiblement et sans explication, et que l’on aborde l’esprit libre, car, comme le disent si bien les alpinistes en clignant des yeux vers un sommet : « j’y vais, car il est là tout simplement »Onze années de belle marche avec mon complice Ernest Randrianaivo m’ont marqué.

J’ai croisé, parfois trop vite, des gens que j’aurais voulu connaître de tout temps et pour toujours. Certains ont tiré leur révérence, les autres restent, et moi aussi, pour l’instant. Humainement et géologiquement, Madagascar est la terre la plus riche qui soit. C’est une terre d’incessants efforts où tout se joue à hauteur d’homme. 

Manitsy ila 

De l’autre côté du Manitsy Ila ou coin frais, est blottie cette grotte abandonnée et à la gueule énorme. Ni gravures ni peintures. Mais un point d’eau, et un espace suffisant pour abriter de nombreuses personnes. Le sol est jonché de fragments de poteries Sakalava datant pour les plus récentes de plus de deux cents vingt ans. Son ouverture, bordée d’un étroit ressaut, surplombe un imposant précipice. 

Les Vohitelo 

Quelque chose comme 300° et 140 kilomètres du canal du Mozambique. Nous nous sommes égarés avec délice dans un immense mouchoir de poche froissé. Nous sommes dépassés, prisonniers d’un songe.

Tsimiveha : le Vieux 

75 ans à dix ans près. Tous ses biens serrés dans sa maigre besace. Il vit sur notre terre, mais ailleurs aussi. Mentalement et physiquement, il est l’équilibre achevé, et un puits de science concernant le Makay. Un des très rares êtres vraiment impressionnants que j’ai croisés dans ma vie. 

Dahalo 

Ils se sont figés, de concert. Des dahalo ou bandits de grands chemins, en fuite, poussant un troupeau de zébus volés, nous ont précédés. L’oeil décrypte le sol et les maigres traces sur la végétation anémique, le nez flaire les odeurs fixées d’urine, d’excrétions, de salive, de transpiration, l’oreille traque les signes auditifs. Et pour eux, je n’existe absolument plus. 

Sables mouvants 

Nous avions longé quelques sables mouvants. Puis le sol s’était raffermi. Gaston me précédait à bonne distance. Je vis cette belle trace, bien nette, puis plus rien. Je ne comprenais plus. Trop de Makay. 

Photos #AlainHuck

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