Landyvolafotsy : Foutez-nous la paix !
8 mars 2012 - CulturesNo Comment   //   1279 Views   //   N°: 26

D’une comédie écrite il y a 2 500 ans pour river leur clou aux va-t-en-guerre de tout poil, la compagnie Landyvolafotsy tire une satire sociale toujours d’actualité. Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé ne saurait être une pure coïncidence…

Le théâtre antique, un répertoire qui ne prend pas de rides ? C’est un peu la démonstration que nous a faite la compagnie Landyvolafotsy en choisissant de représenter à l’Institut français de Madagascar, les 27 et 28 janvier dernier, la comédie d’Aristophane intitulée La Paix. Une oeuvre qui marche gaillardement sur ses 2 500 printemps, ayant été écrite à Athènes en 421 avant notre ère. « Il s’agit plus d’une pièce librement inspirée de l’originale que d’une adaptation », précise Doly Odéamson, le directeur artistique de la troupe. Pour la mise en scène, il a fait appel à son ami Vincent Colin, dans la droite ligne de leur collaboration sur la pièce Mille francs de récompense de Victor Hugo, en 2002.

OEuvre éminemment politique sous ses dehors burlesques, La Paix porte la marque de fabrique du grand Aristophane dont on n’a retrouvé à ce jour que 11 comédies sur les 44 mentionnées par ses contemporains. Comme toujours chez lui, le scénario est délirant (ici un brave péquenot qui décide de monter au ciel pour demander la paix aux dieux),

avec toujours un sens aigu de la farce et de la paillardise, propres parfois à choquer nos prudes oreilles contemporaines… N’écoutez pas, Mesdames !

On sait qu’il compose cette satire en pleine guerre du Péloponnèse, un conflit qui oppose alors, depuis déjà dix ans, Sparte à Athènes. Aux va-t-en guerre de l’Acropole, aux bellicistes de tout poil, Aristophane oppose une vérité de bon sens : il vaut mieux vivre en paix que mourir à la guerre. Mort, finies ripailles et beuveries… difficile d’être plus épicurien !

La pièce est largement malgachisée pour le plus grand plaisir du spectateur qui se plaît 

à relever les nombreuses allusions au temps présent. Trygée, le personnage originel, devient Lagnole (Toakagasy ?), un riche paysan qui se croyant investi d’une mission supérieure part négocier la paix avec les dieux. « Lagnole s’adressant à Zeus renvoie au mythe d’Ibonia qui défie Zanahary au jeu du Fanorona », fait remarquer Doly Odéamson. Il est accompagné dans son périple par sa femme (jouée par un homme) dans un registre déjanté qui rappelle beaucoup le couple Ubu dans ses meilleurs moments. Le renvoi à la situation actuelle passe également par l’utilisation de chansons tirées du répertoire malgache. On y entend notamment « Ny Lanitra manga manga » de Rémy Randafison, des compositions de Gramoun Lélé, le père du maloya, ainsi que de feu Odéam Rakoto, illustre figure du théâtre malgache dont les filles Landy, Vola et Fotsy sont à l’origine de la compagnie Landyvolafotsy.

« Une pièce de toutes les époques et que tout public francophone est appelé à comprendre », estime Vincent Colin. La preuve, après un passage par La Réunion, La Paix ! sera jouée en France métropolitaine, notamment à l’ouverture du Festival international des Francophonies de Limoges. Enfin une année placée sous le signe de La Paix ! 

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