La mort est une fête
8 novembre 2015 - FombaNo Comment   //   1616 Views   //   N°: 70

Sur le littoral, la fête des morts fait partie de la sainte trilogie festive de la grande île, avec le Nouvel An et la fête nationale. Elle dure, préparation comprise, entre une semaine et un mois de libations, voire plus. 

Novembre, c’est plus la fête des morts que de tous les saints. Les saints après tout, sont de parfaits inconnus, trônant, inaccessibles, sur les autels, près du tabernacle. Ils sont morts, mais seuls les missels et l’église perpétuent leurs noms. Leurs noms se taillent alors une place d’éternité dans les calendriers qui ne servent qu’en cas de panne de prénom pour le premier bébé et les suivants. Une fois morts, les saints perdent leur auréole, et leur fête, c’est une petite mention de leur nom dans le rituel. Ils n’existent plus en fait aux yeux des vivants.

Les Malgaches eux, continuent de vivre avec les morts, leurs morts. Se souvenir, c’est ramener à la vie, ressusciter d’entre les morts.  
 

Ce n’est pas comme en Europe, où l’on a fini par envoyer les morts en relégation. Les morts sont devenus des indésirables et des inutilités quand les temps sont à l’action, à l’efficience et à la concurrence. Aussi en Europe, les cimetières ont-ils été exilés loin de l’église multiséculaire auprès de laquelle, pourtant, les morts avaient continué pendant des décennies, voire des siècles, de faire partie du monde des vivants en forçant le souvenir. La preuve : les cimetières contribuent cahin-caha en Europe à pérenniser vaille que vaille la culture de la fête des morts, des morts que d’aucuns là-bas, veulent de plus en plus rayer ou ont rayé définitivement de leur carnets d’adresse et agendas.
Faire le deuil revêt vraiment un sens en Europe. 

On a perdu un être cher ? En faire le deuil, c’est lui infliger une nouvelle mort, la mort définitive. A Madagascar, les cimetières constituent aussi le fonds de commerce des fleuristes et des potiers, mais avec un plus : des sacripants guettent le départ des familles pour s’emparer des pots et des fleurs pour les revendre. C’est dire qu’à Madagascar, des valeurs se perdent, mais le fond perdure malgré les aléas d’une vie chaotique pleine de vicissitudes que se partagent les citoyens d’un pays classé dans le peloton de tête de la pauvreté. On ne s’en étonne plus, mais ce sont surtout, les campagnes ou les quartiers urbains dits défavorisés qui se saignent les quatre veines pour montrer aux morts que les vivants pensent à eux.

Septembre, ce sont les dernières exhumations pour la si onéreuse tradition du retournement des morts. Fanfare, banquets, bal populaire. Toute la communauté des vivants renoue les liens de la solidarité autour de ces grands quadrilatères de pierre de taille qui servent de cimetières de… famille. « Un seul toit pour la vie, un seul tombeau pour la mort. » Fêter les morts en novembre, c’est comme inviter les morts à faire la nouba avec les vivants. Sur le littoral, la fête des morts fait partie de la sainte trilogie festive de la grande île, avec le Nouvel an et la fête nationale. Elle dure, préparation comprise, entre une semaine et un mois de libations, voire plus. Les familles s’invitent et le premier novembre accuse une sérieuse prolongation. À votre santé, les morts !

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