La force n’est pas tout
9 novembre 2016 - Fanahy gasy commentaires   //   904 Views   //   N°: 82

« Ny Hery tsy mahaleo ny fanahy » peut se traduire par « la force ne peut vaincre l’esprit. » Sans avoir en tête la vieille histoire de David et Goliath, les Anciens avait gros à nous dire là-dessus. Forcément.

Ny Hery tsy mahaleo ny fanahy est une citation concise d’un des plus grands personnages de l’histoire malgache, le roi Andrianampoinimerina (1745-1810) en personne ! On peut être sûr qu’il ne l’a pas prononcée pas à la légère et qu’il l’a souvent répétée au cours de son règne. Comme le Chinois Sunzi et son fameux Art de la guerre, Andrianampoinimerina préférait avoir recours à la ruse et à la patience plutôt qu’aux affrontements sanglants pour entreprendre ses conquêtes. Pour l’histoire, d’Ambohimanga il a attendu sept ans avant d’accéder au royaume de Tananarive, et encore quelques années pour unifier le royaume Merina et une grande partie des régions de Madagascar, notamment sur les hauts plateaux. Souvent donc, il a pu vérifier la véracité et la pertinence de cette maxime : la force brutale est impuissante face à une stratégie bien pensée et bien menée.

Mais ce qu’il entend ici par force, peut prendre plusieurs aspects : grandeur ou puissance physique, sans oublier le pouvoir de l’argent, le Moloch par excellence !

Face à l’adversité, le grand monarque pensait que la force de l’esprit était plus efficace que la force physique ou musculaire. On a tout de suite à l’image cet homme grand et musclé mais sans beaucoup de cervelle que la Bible nous présente sous les traits de Goliath. Il était si sûr de sa suprématie physique sur le petit David qu’il a cru à une plaisanterie quand ce dernier s’est proposé de l’affronter. Et un caillou de rien du tout, lancé par une fronde, un caillou bien placé a suffi à le terrasser. La montagne de muscles s’est écroulée face à la force de l’esprit jointe ici à un peu d’adresse. Cela ne veut pas dire que le nombre n’est rien, surtout quand on livre une bataille, seulement il ne peut pas tout sans un brin de discernement.

Comme l’a chanté le grand poète Dox (1913-1978) : « On peut tout m’enlever, sauf mon inspiration (esprit), reflet de ma liberté ». Ou encore ces paroles d’une chanson d’Henri Ratsimbazafy sur le pouvoir de l’argent : « C’est l’argent qui fait le Monsieur, on peut tout acheter avec de l’argent même l’amour, mais quand celui-ci s’épuise, le pseudo amour s’envole. Devant le seuil de la mort, le riche tentait absolument d’acheter sa vie, mais la mort faisait la sourde oreille. Néanmoins, tout le monde le reconnaît et tout le monde est son esclave… »

Andrianampoinimerina, quant à lui, ne s’est pas jamais paré d’attributs ostentatoires pour impressionner la galerie, même s’il avait les moyens de le faire et qu’il en était même encouragé par ses sujets, étant considéré alors comme un personnage sacré. À l’image de ses demeures sises à Ambohimanga (Mahandrihono) et à Antananarivo (Mahitsifanjaka) qu’on a parfois du mal à identifier à des palais, tant elles apparaissent spartiates. Tout en reconnaissant dans bien des domaines l’utilité de la technologie européenne, les seules choses qu’il a pu acquérir des négociants ont été ses fusils. On a dit qu’il n’usait de la force qu’en dernier recours, un peu comme le Mahatma Ghandi sur le chemin de la « non-violence ». Et pour cela il faut avoir une vraie grandeur d’esprit.

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