La fin du monde n’est pas pour demain Par Mamy Nohatrarivo
2 janvier 2013 - FombaNo Comment   //   932 Views   //   N°: 36

Bonne année à tous ! On a tout de même échappé à la fin du monde. C’était d’ailleurs une fausse alerte lancée par on ne sait qui a trouvé des gogos pour y croire et s’y préparer. Les institutions spécialisées, les églises instituées des origines n’y ont pas fait grande attention et ne se sont pas émues outre mesure. 

De toute façon, l’affaire a commencé il y a si longtemps que quasi-tout le monde a cessé de s’en faire un sang d’encre. L’apocalypse, c’est pour la saint Glinglin, mais le Réveillon c’est le 31 décembre, et le Nouvel An le 1er janvier, 365 jours plus tard, ou 366 après correction. Peu importe, c’est le calendrier qui l’atteste pour les milliards d’habitants de la Terre, sauf, en l’occurrence, pour les Mayas qui ont fait beaucoup parler d’eux des siècles et des siècles après leur disparition. 12 décembre ou 21 décembre, c’était quelle date pour les Mayas ? Et pour les orthodoxes, les Arabes, les Cambodgiens, les Chinois ou les Malgaches… ? 

À Madagascar, le Nouvel An, Taombaovao ou Asaramanitra, fait du slalom. Une fois vers octobre, une fois vers novembre ou mars, autrefois le jour anniversaire d’un roi ou d’une reine, naguère le 14 juillet des Français, pendant 64 ans de colonisation, mais c’était toute autre chose. Leur point commun ? Fiesta et ripailles.
Il y a autant de calendriers qu’il y a de sociétés humaines. Quel jour on est ? Le calendrier est une des choses au monde classées d’utilité publique. Il est affiché au mur ou figure dans l’agenda, sans compter le petit carton imprimé, une pin-up affriolante en sus, que le vendeur vous offre avec un grand sourire en contrepartie des sommes folles que vous avez versées dans son tiroir-caisse.
Qu’est-ce qui compte quand on pense Nouvel An ? Le bonheur d’être encore en vie pour avoir été « rattrapé » par une nouvelle année. C’est le sens du tratry ny taona, les voeux rituels malgaches pendant tout le mois de janvier, voire bien après. Une énième année de votre vie qui passe en profits et pertes. Une nouvelle année lors de laquelle vous espérez réussir ce que vous avez raté toute votre existence, ou à l’approche de la mort.
Ensuite, c’est très vite la routine. Les voeux de « Bonne et heureuse année » perdent les charmes d’une magie incantatoire. Ils deviennent les stéréotypes d’un comportement machinal. Le bisou du bout des lèvres ou un SMS dupliqué pour X numéros de mobiles, en se souhaitant tout le mal du monde, voilà comment finit un événement voué à la purification, à l’oubli des différends et à la réconciliation, bref à la fraternité et à la convivialité.
Mais le Nouvel An est justement l’occasion rêvée de renouer avec des valeurs perdues. On oublie souvent, au milieu des fastes boulimiques, que les voeux traduisent un fort désir personnel de modeler le monde pour le rendre plus vivable. Quand des milliards d’humains s’adressent les « voeux les meilleurs », le 1er janvier ou aux calendes grecques, il ne faut pas désespérer de l’avenir de la race.

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