Kelly Rajerison : Le Clapton malgache
1 octobre 2015 - Cultures Music Musiques commentaires   //   2611 Views   //   N°: 69

Les moins de 20 ans ne le connaissent pas forcément. Pourtant, c’est une icône. En1969, il sort ce qu’il est convenu d’appeler le tout premier standard de rock malgache. Avec pédale fuzz et distorsions de guitares qui ont souvent fait comparer son jeu à celui d’Eric Clapton. 

Ceux qui l’ont vu en concert fin juillet au Café de la Gare de Soarano ont eu la sensation de vivre quelque chose d’historique, le mot n’est pas trop fort. Car après des décennies de totale éclipse, Kelly Rajerison – le père biologique du rock et du blues gasy – revenait au pays pour renouer avec son public de toujours. Sous ses doigts, c’étaient plus de 40 ans de rock malgache qui retentissaient en glissandi d’une incroyable virtuosité.

Tel quel, et même si les jeunes générations n’en ont pas forcément conscience, il est l’auteur de standards aussi décisifs que Tovovavy allright (repris récemment par le groupe The Dizzy Brains), Toerana iray, Tsaroanao ve ou Tsikitsiky lava, titre remis au goût du jour en 2008 via Pazzapa. « C’est la première fois à Madagascar qu’on nous balançait du son comme ça, plein de distorsions et d’effets incroyables à la Jimi Hendrix. C’est un truc qui a vraiment marqué la génération de 72 à laquelle j’ai appartenu », se rappelle Prosper, un distingué sexagénaire, « fan de la première heure ».

L’année 1969 marque la naissance du bluesrock malgache. C’est la sortie du titre Ces merveilles sont toi, écrit, composé et interprété par un certain Kelly Rajerison. « Quelle claque ! », se souvient Prosper. Epique époque qui accouchera aussi, quelques années plus tard, des Mahaleo et des Lolo sy ny Tariny. Une rupture radicale avec les groupes yéyés ou pré-pop des années soixante, façon Surfs. Quarante-cinq ans plus tard, Kelly Rajerison prend tout ça avec détachement. Il ne s’est jamais pris pour un guitar hero, juste pour un bon « artisan ». « A l’époque, je travaillais chez Disco Mad, le seul studio d’enregistrement à Mada, mis à part celui de la Radio nationale. J’avais donc cette chance de pouvoir expérimenter plein de choses nouvelles qui nous arrivaient du British Blues. » Ce qu’il ne dit pas – toujours cette élégance à ne pas se mettre en avant – c’est qu’il a été aussi le tout premier Malgache ingénieur du son. C’est d’ailleurs lui qui va enregistrer le premier album des Mahaleo. Dans la foulée, au tout début des années soixantedix, il crée le seul groupe auquel il aura participé : Pumpkins qui durera plus de vingt ans.

Il joue aussi bien de la basse que de la batterie, mais c’est à la guitare électrique, sur sa « vieille six cordes » qu’il va vraiment s’imposer, jusqu’à être surnommé le « Clapton malgache ». « Ma façon de jouer et mes compositions donnent cette impression de ressemblance », reconnaît-il pudiquement. Au début des années 2000, alors que Pumpkins n’existe plus, il sera primé par Stone Press, la prestigieuse association des journalistes de rock, comme étant le meilleur guitariste de rock malgache. « Peut-être pas meilleur, mais j’avais de la personnalité. Le problème des groupes d’aujourd’hui, c’est qu’ils se ressemblent tous. Tout est trop formaté, un peu comme l’époque… »

Ce qui ne l’empêche pas d’avoir mis sur pied récemment un étonnant duo appelé Father and Son avec son fils. Sachez enfin qu’il envisage de sortir bientôt un album qui renfermera tout un tas d’inédits. La légende n’est pas encore complètement écrite.

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