Karenjy : Le 4 x 4 vita gasy
9 mars 2012 - Éco commentaires   //   2087 Views   //   N°: 26

Le Relais de Madagascar fait revivre depuis deux ans l’usine automobile de Fianarantsoa où sont produites les fameuses Karenjy, aussi mythiques à Madagascar que les Trabant en Europe de l’Est ou les deux chevaux en France. Histoire d’un recyclage réussi.

Sortie de l’école, un mercredi midi. Essaimées dans la circulation dense, envahies d’écoliers, quelques voitures aux couleurs vives relèvent la gageure de ne dépareiller ni avec les 4 l essoufflées ni avec les 4×4 rutilants. Peinture flambant neuve mais design hors d’âge, carrosserie impeccable et confort sommaire, la Karenjy (littéralement « vadrouille ») interpelle par son allure à la fois ludique et rassurante.

Pas de gadget, peu d’électronique. Une carrosserie en forme de polygone et un châssis robuste recréent la silhouette massive et solide du zébu que l’on retrouve sur le logo. « Passe-partout, solide et simple », s’enthousiasme Béatrice, heureuse propriétaire d’un modèle Mazana 4×4 acheté deux ans auparavant.

Carrosserie en fibre de verre, moteur de Renault 18 placé à l’arrière, la Karenjy est créée en 1988 par une équipe d’ingénieurs malgaches. Emblème du socialisme d’État, 

elle disparaît avec le changement de régime en 1992, puis renaît de ses cendres en 2009 lorsque le Relais de Madagascar, une entreprise à but socio-économique, acquiert les locaux de l’usine Karenjy pour sa filière friperie. « On a trouvé des voitures quasi finies », explique Clément, responsable de l’atelier de production. « Notre objectif étant de créer des emplois stables, on a décidé de terminer le travail commencé il y a 20 ans. »

Les tout premiers acheteurs ont subi les tâtonnements du début. « On avait l’impression d’être des pionniers, mais on a la chance d’habiter à 500 mètres du service après-vente, ça aide », raconte l’un d’entre eux, amusé. « Il a fallu tout réinventer, précise Clément. On avait un stock de pièces détachées très varié et ancien. Et presque aucun mode d’emploi. » Et si la cadence de production n’atteint pas encore deux voitures par mois, l’objectif est atteint : « on embauche, on forme, on crée les conditions de la réussite humaine, et notre carnet de commandes est plein ». Actuellement, il faut presque un mois pour monter une Karenjy dans les normes. Trois modèles au choix, vendus entre 4 800 et 6 800 euros : la Mazana (la Robuste) de type 4×4 diesel, l’Iraka (le Messager) ou la classique Faoka (la Transporteuse). Tous très cotés auprès des résidents étrangers !

Et une fois les stocks de pièces épuisés ? « On ne peut pas faire travailler quarante personnes et s’en aller comme des voleurs », continue Clément. C’est pourquoi le Relais travaille depuis quelques mois à un nouveau prototype de Karenjy, équipé d’une nouvelle motorisation. « C’est un défi incroyable que de développer une voiture fidèle à l’esprit de la marque et adaptée aux réalités du pays ». Le passage de la récupération à l’innovation reste délicat. Mais si, comme le disait un président de General Motors, connaisseur avisé, « la capacité d’inspirer la passion est la seule vraie mesure du succès d’un véhicule », alors l’avenir de la Karenjy est prometteur… 

#BénédicteBerthonDumurgier 

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