Johary RAVALOSON
19 mai 2012 - Cultures commentaires   //   1493 Views   //   N°: 28

Depuis « Géotropiques », il n’en finit pas de surfer sur la vague du succès. Un écrivain nouvelle génération, comme on pourrait dire Nouvelle Vague malgache. Avec « Le petit dernier », c’est aux enfants, son public de coeur, qu’il renvoie le miroir d’une certaine modernité…

Auréolé du Prix 2010 de la Réunion des Livres pour son roman Géotropiques, Johary Ravaloson, 47 ans, est un auteur comblé. Rare et peut-être seul écrivain malgache d’expression française à jouer la carte d’une réelle modernité littéraire, sans concession pour le cliché, le convenu, le mille et une fois rebattu… ce que d’aucuns appellent parfois la « couleur locale » entre tropicalité tape-à-l’oeil et misérabilisme bêlant …

« En le lisant, j’ai l’impression que le Nouveau Roman est enfin arrivé à Madagascar. Retard de cinquante ans au moins, dû au décalage horaire », ironise cette étudiante en Lettres surprise sur un banc d’Ambohijatovo avec un exemplaire de Géotropiques sur les genoux.

« Avec Houellebecq, c’est mon écrivain préféré », décrète-elle. Ravaloson, nouveau héros des intellos-chic malgaches ? Oui et non, car avec Le petit dernier, album richement illustré par le plasticien réunionnais Stéphane Kenklé, l’écrivain entend bien renouer avec son premier public, son public de coeur, celui des enfants. C’est d’ailleurs tout le sens de la maison d’édition Dodo Vole qu’il a fondée avec son épouse Sophie Bazin, et sa fière devise : « l’art dans toutes les petites mains ».

En 16 pages éclaboussées de couleurs, il fait défiler des portraits de famille pour le moins curieux, toujours vus à travers le regard du benjamin, le petit dernier de la famille. « Des familles parfois loin de notre vision traditionnelle, mais des familles quand même », précise-t-il. Familles recomposées, familles monoparentales, parents homosexuels…

Ravaloson ne craint pas, là non plus, de mettre les pieds dans la modernité ! Parti étudier en France en 1985, il restera 22 ans à l’étranger. Juriste de formation, c’est en s’entraînant à traduire en français des oeuvres comme Fofombadiko d’E.D. Andriamalala (traduit librement en Mon parfum de femme) qu’il garde le lien avec le pays et prépare d’une certaine façon son retour.

C’est chose faite avec Zafimaniry intime / Zaho Zafimaniry, un carnet de voyages au pays des sculpteurs des Hauts-Plateaux qu’il sort chez Dodo Vole en 2009. Reflet de sa propre quête identitaire ? « Contrairement aux arbres qui meurent quand on les déracine, nous nos racines sont dans notre tête et on peut les amener n’importe où ».

Se déplacer avec son identité, c’est aussi le thème de Géotropiques qu’il dédie à ses descendants nés en France « pour qu’ils n’aient pas besoin de se chercher ». Installé à Tana depuis 2007, Johary Ravaloson a déjà écrit plusieurs nouvelles sur la capitale, dont D’Antananarivo à fierté Haïti, publiée chez Jeunes malgaches. Il prépare également un nouveau roman qu’il devrait intituler Place du 13 Mai.

« Ça m’est venu à l’inauguration de l’Hôtel de Ville, je tiens à rappeler ce qu’était cet endroit en dehors de toutes considérations politiques », explique-t-il. Un écrivain « dégagé » comme il aime à se définir.

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