Jean-Yves Ramanamidonana : « Agriculture urbaine enjeu capital »
17 mars 2014 - Nature commentaires   //   944 Views

n°48

Alors que l’agriculture a été bannie de nombreuses capitales, à Tana elle perdure. Les raisons en sont alimentaires, mais pas seulement. Explications de Jean-Yves Ramanamidonana, chargé de mission à l’Institut des métiers de la ville, qui nous reçoit à la Direction des espaces verts, de l’environnement et de l’agriculture urbaine à Antanimena.

Peu de capitales donnent au visiteur cette impression d’enchevêtrement de la ville et de la campagne… L’agriculture urbaine est indispensable pour faciliter l’accès des citadins aux produits frais avec un coût de transport réduit. Les agriculteurs cultivent principalement des produits maraîchers : tomates, courgettes, poivrons, mais aussi des fruits et des légumes feuilles comme les brèdes ou les salades. Mais elle assure une autre fonction méconnue : celle d’assimiler certains matériaux organiques biodégradables comme les déchets ménagers ou ceux des marchés. Les producteurs utilisent comme compost les ordures qu’ils trouvent à proximité de leur parcelle.

Jean-Yves Ramanamidonana est ingénieur agronome. Diplômé de l’université d’Antananarivo, il a effectué un stage de perfectionnement à l’Institut national d’horticulture d’Angers, en France.

Le pari est d’améliorer la qualité et la quantité du compost fabriqué en recyclant les ordures… Un projet a été élaboré, mais il n’a pas encore vu le jour car nous recherchons actuellement des partenaires. Il s’agit de construire une station pilote de production de compost qui pourrait par la suite être implantée dans d’autres lieux. Le compost sera produit à partir des ordures ménagères qui seront récupérées dans les bennes à ordure et mélangées avec des jacinthes d’eau.
La jacinthe d’eau prolifère rapidement et permet d’obtenir un compost riche en composés azotés et phosphatés. Des expériences similaires ont déjà été menées dans d’autres pays comme le Burkina Faso et le Niger. Comment expliquer que des champs qui pourraient intéresser les promoteurs immobiliers continuent à être exploités par des agriculteurs ? Traditionnellement, la ville s’est construite sur des collines, tandis que les plaines inondées autour des collines étaient exploitées par les cultivateurs. L’expansion de la ville a entraîné des constructions dans les plaines, mais l’agriculture subsiste. En effet, les zones marécageuses font office de bassin tampon : elles absorbent les surplus d’eaux de pluie, évitant ainsi les inondations. Il faudrait donc chercher d’abord une solution technique à l’épanchement des eaux avant d’obtenir l’autorisation par la commune de remblayer les terrains. Et comme cette solution technique coûterait de toute façon très chère, il n’est pas certain que les investissements puissent être rentabilisés.

Olivier Kaladjian

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