Jean Chrysostome Rakotoary : « L’accord de Paris n’est pas assez contraignant ! »
3 février 2016 - Nature commentaires   //   1888 Views   //   N°: 73

La XXIe Conférence annuelle des partis sur le changement climatique (COP 21) qui s’est tenue en décembre à Paris, s’est conclue par un accord des 195 pays participants. Membre de la délégation malgache, Jean Chrysostome Rakotoary, directeur de l’Office national de l’environnement, en fixe les enjeux pour la Grande Île. 

Quelles sont les grandes lignes de l’Accord de Paris ?
Malgré des critiques ponctuelles, cet accord est une réussite. Il fixe un objectif de limitation de la hausse de température à 2°C pour les pays développés et à 1,5 °C pour les pays insulaires comme Madagascar. Il revient à chaque pays de prendre les mesures nécessaires pour atteindre cet objectif et de réviser sa contribution tous les cinq ans. L’État malgache, par exemple, s’est fixé comme objectif minimum la réduction de 14 % de ses émissions de gaz à effet de serre. 

Cela fait bien sur le papier, mais concrètement, comment y arriver ?
Cet accord n’est pas assez contraignant car il n’y a pas de sanctions internationales prévues pour non-suivi des objectifs. Cependant chaque pays sera accompagné par un expert technique pour l’aider à atteindre ses objectifs. La conférence annuelle des partis qui se tiendra jusqu’en 2050 permettra de juger ainsi des efforts fournis et surtout d’être plus exigeant avec les grands pays émetteurs de gaz à effet de serre que sont, entre autres, les Etats-Unis et la Chine. Cet accord permettra aussi à Madagascar de réfléchir à la mise en place d’une politique d’ensemble mieux adaptée au changement climatique.

Certains  pays africains  dont Madagascar ont réclamé des dédommagements au  regard des pertes causées par le  changement climatique.  Pourquoi n’ont-ils pas obtenu gain de cause ?
Les grands pays industrialisés comme les Etats-Unis ne veulent pas reconnaître que le réchauffement climatique est en grande partie de leur responsabilité. Selon l’accord de Paris, les pertes et dommages subis par les pays pauvres ne seront donc pas indemnisés. Toutefois, même si ce n’est pas écrit noir sur blanc, les pays développés ont mentionné une contribution annuelle de 100 milliards de dollars à partir de 2020 pour aider les pays pauvres à s’adapter au changement climatique. Ils prévoient, par exemple, d’appuyer des programmes pour augmenter la résilience agricole face aux crises et aux chocs. Mais je ne pense pas que cette somme soit suffisante. 

Les observateurs locaux disent que la délégation malgache est rentrée bredouille de cette conférence, qu’en pensez-vous ?
Sans doute attendaient-ils que des accords de financements soient signés à Paris, mais ce n’était pas l’objectif principal de cette conférence. Le but était de présenter Madagascar et de trouver des partenaires à la fois institutionnels et privés pour instaurer ou continuer les coopérations. D’ailleurs, bien avant cette conférence, nous avons signé un accord de financement à hauteur de 28 milliards d’ariary avec l’Union européenne. Il permettra d’orienter le pays sur le bon système d’adaptation au changement climatique et de mettre en place des systèmes d’alerte aux catastrophes naturelles.

Madagascar figure parmi les pays les plus à risques concernant le changement climatique, pourquoi ?
Les experts trouvent que notre île est extrêmement vulnérable. On le voit avec l’intensification des cyclones : une centaine de morts et près de 600 000 sinistrés y ont été enregistrés en 2015 dus aux éboulements de terrain et aux inondations. Il y a aussi la destruction de nos récifs qui conduit à la réduction des stocks des ressources halieutiques. Les phénomènes de dégradation des terres cultivables et de sécheresse causés par le changement climatique pèsent évidemment sur l’agriculture. La lutte contre tous ces fléaux nécessite la solidarité nationale et bien sûr la bonne gouvernance des ressources financières.

Si Madagascar obtient les fonds nécessaires pour établir une politique climatique, dans quelle mesure le pays saura-t-il mener à bien ses programmes d’adaptation ?
Madagascar bénéficie actuellement de plusieurs financements sur le climat. On peut citer le Fonds vert sur le climat, le Fonds environnemental mondial ou encore le Fonds d’adaptation. Notre pays devrait être capable de mobiliser ces financements en vue d’instaurer une bonne politique climatique. On devrait prendre exemple sur l’Afrique qui a initié un programme de restauration du paysage forestier de cent millions d’hectares. Je trouve que Madagascar est encore trop timide au niveau des actions. On pourrait stopper la famine dans le Sud par la méthode d’adduction d’eau ou encore intensifier notre agriculture : il faut savoir que le pays n’utilise que six kilos d’engrais par hectare, alors que les autres en sont en moyenne à 400 kilos. Enfin, Madagascar doit repenser sa politique d’énergie. Viser une énergie renouvelable à 100 % d’ici 2050, c’est possible ! On peut réfléchir par exemple à la production d’énergie à partir des déchets. Ce ne sont là que quelques pistes. A nous de les explorer.

Propos recueillis par #PriscaRananjarison 

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