Jao’s Band : Un air de famille
3 février 2015 - Cultures Music Musiques commentaires   //   1902 Views   //   N°: 61

Quatre ans après sa première apparition en public, le Jao’s Band sort enfin son premier opus, le bien nommé « Fa ela » (il était temps), car on a failli s’impatienter ! Un album dix titres qui entend fusionner jazz et salegy, avec pas moins de quatre reprises du roi Jaojoby.
Mais c’est la moindre des choses quand on est les trois fils et la fille de leur père… 

Tout le monde a entendu au moins une fois le roi Jaojoby s’exclamer dans sa moustache :
« Je n’arrêterai la scène que quand l’un de mes fils arrivera à me surpasser. ».
Il est clair que la barre est placée très haut, à moins de s’y mettre à plusieurs pour tenter le coup !
C’est très exactement ce qui se passe avec le Jao’s Band, groupe à (très) haute concentration jaojobyenne, puisque réunissant pas moins de trois fistons du grand Eusèbe ! Nommément Anderson 

(chant), Jackson (guitare basse) et Elie Lukas (auteur, compositeur, arrangeur), auxquels il convient d’ajouter Mbôty (chant), la benjamine de la famille, ainsi qu’Edmond Joseph Andriatsiferana (claviers) et Josef Ratax (batterie). Oui, vous avez bien lu, quatre Jaojoby en un ! 

Tous évoluaient plutôt dans les milieux du jazz, mais difficile d’oublier qu’ils sont aussi les héritiers de l’incarnation vivante du salegy.
Un rythme qui les accompagne depuis le berceau, qui est quasiment inscrit dans leurs gènes.
« On a compris très tôt qu’on ne pourrait jamais faire l’impasse sur le salegy, même si à l’origine on se définissait d’abord comme un jazz band.
Peu à peu la solution nous est apparue sous la forme d’une fusion de ces genres différents », explique Elie Lukas, le plus jeune du groupe.

Fa ela, leur premier opus sorti en décembre, tente précisément de trouver le point d’équilibre entre ce qui appartient au patrimoine malgache (salegy ou sigaoma, ce genre de salegy love qui tend vers le malesa) et à la tradition purement afro-américaine.
Résultat, pas moins de quatre titres sur les dix de l’album sont en fait des reprises de tubes de Jaojoby (Vambanao, Mampanino anao, Naninondreky) dans une tonalité très jazz.
« Avec son consentement, nous avons réarrangé ces morceaux de façon à mettre en valeur la ligne mélodique, au détriment du côté sautillant qui masque parfois la qualité des compositions », confie Anderson, l’aîné.
Saluons au passage les interventions très à-propos du saxophoniste Nicolas Vatomanga qui illuminent d’un esprit Blue Note ce super travail de transcription.

A l’inverse, Jaojoby a accepté d’interpréter « à sa façon » deux morceaux écrits et composés par Elie Lukas. L’un dans l’autre, on voit que ces deux univers (malgache et afro-américain) n’ont aucun mal à fusionner, comme sous d’autres latitudes la salsa ou la samba.
Le Jao’s Band est né en 2010 à l’initiative d’Elie Lukas.
« On jouait tous les six dans d’autres formations, mais on voulait avoir la nôtre.
On avait déjà l’expérience de Jaojoby Junior, le groupe qu’on avait monté avec nos autres soeurs et demi-soeurs quand nous étions plus jeunes.
Mais là, c’est plus raffiné, plus expérimental. » Et passionnant de bout en bout. 

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