International Tourism Fair : « Madagascat reste une destination fragile »
29 juin 2016 - ÉcoNo Comment   //   1708 Views   //   N°: 78

Du 2 au 4 juin, la capitale a vibré aux rythmes des rencontres professionnelles touristiques par le biais de l’International Tourism Fair (ITM) qui s’est tenu à l’hôtel Carlton Anosy. Joël Randriamandranto, président du conseil d’administration de l’Office national du tourisme à Madagascar (ONTM), revient sur cet événement.

Pouvez-vous nous dresser un bilan de cette 5e édition ?
Fruit de la collaboration entre le Ministère du Tourisme, l’ONTM et de ses entités membres, l’ITM a été placé sous le signe des loisirs. Nous saluons la présence des spécialistes de la randonnée, des quads, des VTT et des organisateurs du festival des baleines de Sainte-Marie. Notre objectif était de 5 000 visiteurs, mais nous avons atteint les 5 900, ce qui prouve que la demande est bel et bien là. Plus de 70 % des visiteurs ont acheté leur ticket d’entrée par rapport aux dernières années où l’on avait distribué des invitations gratuites. Par ailleurs, l’augmentation des entrées de 58 % lors de la journée professionnelle par rapport à l’édition 2015 témoigne de l’intérêt des professionnels pour les rencontres B to B.  

En effet, la première journée à été consacrée aux professionnels du tourisme via un espace networking. À part les stands, l’ITM a aussi été marqué par des conférences débats autour de l’amélioration de la qualité de l’accueil/services et sur les réformes structurelles pour rendre la destination plus attractive et plus compétitive. Des tables rondes sur l’amélioration de l’accueil des touristes de croisière, du métier de guidage, de la restauration ainsi que la restructuration du secteur tourisme ont également animé les trois jours. Sans oublier les diverses animations culturelles.

Qu’en est-il des secteurs impliqués ?
ITM 2016 a regroupé plus de 100 exposants des nombreuses filières liées au tourisme : hôtels, restaurants, artisans, tours opérateurs, compagnies aériennes, offices régionaux, centres de loisirs, sécurité… Les offices régionaux du tourisme, entre autres, ont pu présenter leurs attractions majeures. À travers ces présentations, les touristes étrangers et locaux ont eu largement le choix pour leur prochaine destination. D’ailleurs, on a remarqué que les touristes nationaux ne s’intéressaient qu’aux destinations Toamasina et Mahajanga. Voilà pourquoi, nous avons essayé à travers ce salon de mettre en lumière d’autres destinations comme Diego, Morondava ou encore Toliary. Par ailleurs, les Offices du tourisme des Îles Vanille composées des autres îles de l’océan Indien ont également répondu présent.

Comment est née l’idée de ce salon ?
Historiquement, il y avait déjà le salon du tourisme Enjoy Madagascar mais c’était plutôt générique et renfermé. Nous avons donc lancé ITM qui est devenu un événement des Îles Vanille. L’objectif principal est d’attirer le maximum de professionnels des pays émetteurs pour qu’ils découvrent à la fois le salon et la destination Madagascar. Nous professionnalisons le salon chaque année, afin de réunir en un seul lieu les opérateurs touristiques de l’île et de la zone océan Indien en offrant des opportunités de nouer des partenariats. Nous souhaitons également inciter les institutions nationales à s’intéresser davantage au secteur afin d’en faire une priorité pour l’État malgache étant donné que le tourisme ne constitue pas encore un cadre d’intervention prioritaire. Pourtant, le tourisme est classé parmi les trois secteurs pourvoyeur de devises dans notre pays. En 2015, nous avons enregistré 1 887 milliards d’ariary (586 millions de dollars) de recettes en devises, ce qui représente 5,5 % du produit intérieur brut de Madagascar.

Madagascar vise un million de touristes pour 2020. Où en est-on ?
Le nombre d’arrivées de touristes est en baisse. En 2012, on a enregistré près de 255 000 touristes venus à Madagascar contre 222 000 en 2014. En 2015, il y a eu 244 321 arrivées de non-résidents aux frontières. Compte tenu de ces statistiques, il n’est pas encore possible d’atteindre l’objectif d’un million de touristes en 2020. La mission de l’ONTM est de promouvoir la destination Madagascar à l’internationale. Pourtant, le budget alloué à cette promotion n’est que de 738 millions d’Ariary (200 000 Euros) ; en revanche des dizaines de millions d’euros sont alloués aux Îles Vanille pour faire face à la concurrence mondiale. C’est loin d’être suffisant. Et puis, on peut parler des innombrables difficultés que rencontrent les filières connexes comme le manque d’infrastructure hôtelière, la dégradation des routes nationales, l’insécurité juridique, l’instabilité politique et du climat des affaires, le manque d’accessibilité aérienne, etc. Les opérateurs touristiques ne peuvent pas se battre seuls pour faire du tourisme un levier de développement économique. Tous les secteurs sont concernés.

Quel serait le meilleur moyen pour faire redécoller ce secteur ?
En dépit du retour à la normalité constitutionnelle, Madagascar reste encore une destination très fragile. Il faudrait commencer par l’amélioration de l’image de la destination. Nous misons beaucoup sur la communication digitale et projetons de développer notre site internet pour qu’il soit plus dynamique et attractif. Il faut toujours être connecté directement avec le monde entier, c’est le cas avec les réseaux sociaux. Il faudrait donc envahir le marché international avec des informations qui donnent envie de venir à Madagascar. Mais l’image ne suffit pas, la synergie des actions de tous les acteurs s’impose aussi. La mise en place d’une fédération de tous les acteurs du tourisme devrait parvenir à faire marcher ce secteur. Notre première priorité devrait être la promotion et le développement du tourisme national. Sensibiliser les Malgaches pour faire du tourisme dans son propre pays pour que les régions puissent profiter du tourisme national. C’est là qu’on peut parler d’un réel développement.

Revenons-en au salon, quels sont vos projets pour la prochaine édition ?
Sur les prochaines éditions, nous avons l’intention de faire venir en tant qu’exposants les pays avec lesquels nous avons un accès direct au niveau aérien comme le Kenya, la Turquie et les états de l’Europe de l’Est et de l’Afrique du Sud. ITM deviendra, un jour et c’est ce que nous souhaitons, un rendez-vous international phare.

La 5e édition de l’ITM en chiffres

Nombre d’exposants : 100
Nombre de visiteurs : 5 900 (soit 20 % d’augmentation par rapport à la précédente édition)
Nombre de secteurs d’activité : 15 (Ministère, offices du tourisme, groupements membres de l’ONTM, hôtels, tour-opérateurs, compagnies aériennes, opérateurs de loisirs, centres de formation, associations, ambassades, opérateurs connexes, Madagascar National Parks, festival des baleines, Cenam, Iles vanille)
Nombre de professionnels locaux : 700
Recettes touristiques en devises en 2015 : 585,38 millions USD
Représentation en termes de PIB : 5,50 %
Nombres d’arrivées touristiques :
- En 2012 : 255 000 touristes
- En 2014 : 222 000 touristes
- En 2015 : 244 321 touristes 

Propos recueillis par #PriscaRananjarison

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