Iandrisoa Hardy François:
15 décembre 2013 - Médias commentaires   //   1227 Views   //   N°: 47

« Faire grandir le cinéma d’ici »

Le succès du feuilleton télévisé « Lakam-Pitia » permet à New Line Pictures Madgascar de se lancer aujourd’hui dans le long-métrage. Un cinéma « à l’américaine » , en tout point professionnel, avec de vrais acteurs, des courses-poursuites et des cascades, assure le fondateur du studio. Voilà qui devrait nous changer !

Vous n’êtes pas tendre avec l’industrie locale du cinéma…

Je reconnais que certains #films sortent du lot, mais je suis allergique à bien des pratiques en vigueur dans le cinéma malgache. Aujourd’hui tout le monde se veut réalisateur : on a de l’argent, une caméra, une anecdote à raconter et on croit que le tour est joué ; il n’y a plus qu’à se mettre en vedette avec son oncle ou sa femme de ménage. Tout ça pour aller grossir le marché pirate ! Certains studios sortent quatre films par mois en sachant qu’ils n’auront aucune peine à les vendre. C’est de l’abattage, sans aucun effort au plan qualitatif. Le scénario est platement récité ou horriblement surjoué, avec cette manie de refaire les voix en studio pour cacher les insuffisances techniques. Il y a pourtant eu de grands films malgaches, comme Dahalo, Dahalo (1985) de Benoît Ramampy que tout acteur devrait savoir par cœur.

Qu’apporte New Line Pictures Madagascar par rapport à tous ces dysfonctionnements ?

J’ai fait pas mal de films de sensibilisation avec des bailleurs américains qui ont toujours été satisfaits de mon travail. Les Américains peuvent tourner des films en quatre jours, mais ils le font bien, sans bâcler, et c’est à cela qu’on doit pouvoir arriver, avec juste un minimum de préparation. Quand on a lancé New Line Pictures en janvier 2012, on était cinq partenaires animés d’une même envie de professionnaliser, de faire grandir le cinéma d’ici. Aujourd’hui, je mène la barque seule, c’est dire qu’il faut s’accrocher. Au début, nous avons voulu solliciter des financements d’entreprises, mais si tu n’es pas le #cousin ou le copain, ça ne sert à rien, personne ne se soucie de tes compétences. À partir de là, on a fonctionné sur la base d’un fonds propre, et c’est comme ça qu’on a réalisé le feuilleton Lakam-Pitia sur la chaîne Record. Par bonheur, il a trouvé rapidement son public.

Et pas mal de déboires…

Sa diffusion était planifiée sur un an sur Record, mais elle s’est arrêtée prématurément. Certains de nos acteurs sont partis jouer ailleurs par appât du gain, d’autres ont monté leurs boîtes de prod, des techniciens sont partis pour de gros salaires… dans le marché pirate. À la lumière de cette expérience, nous exigeons un contrat d’exclusivité avec nos acteurs. Tout cela devrait profiter à Dago 2013, mon premier long-métrage à l’écriture duquel je travaille depuis six mois avec un auteur. Il y aura des cascades, des courses-poursuites, du jeu d’acteur – du cinéma quoi ! New Line Pictures Madagascar devrait également devenir un groupe à terme, avec une chaîne télévisée qui diffusera uniquement des productions locales. Il y a encore du chemin à faire, mais on peut s’inspirer de l’envolée mondiale de Bollywood. Aujourd’hui, on trouve plein de films indiens chez nous, sans que l’inverse hélas soit vrai…

Par Joro Andrianasolo

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