Ian Winkless : Couchsurfing à la malgache
3 juin 2014 - Nature commentaires   //   3604 Views   //   N°: 53

Installé à Madagascar depuis 25 ans, Ian Winkless a initié dans le pays un concept novateur inspiré du tourisme soutenable, le couchsurfing. Ou comment faire le tour du monde en passant d’un canapé à l’autre …

Le constat que l’« empreinte écologique », c’est-à-dire la consommation des ressources naturelles par l’Homme, est aujourd’hui supérieur à ce que notre environnement peut supporter, est à la base du concept de développement soutenable (sustainable development en anglais). Il s’agit en gros d’imaginer des solutions alternatives favorables au développement humain et moins voraces pour notre écosystème. C’est l’un des chevaux de bataille de Ian Winkless, un Britannique arrivé à Madagascar il y a maintenant 25 ans, dans le cadre d’un projet d’énergies renouvelables pour British Petroleum. Son plaidoyer : que la société malgache demeure une « structure communautaire et familiale basée sur l’entraide (fihavanana) ». Une société à visage humain tout simplement. Appliqué au tourisme, cela permet d’imaginer des solutions très innovantes permettant au final de valoriser la destination Madagascar.

« Déguiser des villageois en serveurs à noeud de papillon pour recevoir les étrangers n’a pas de sens », clame-t-il. « Les touristes sont de plus en plus demandeurs d’authenticité dans les rapports humains. Ce qu’il faut, c’est les accueillir comme des ray aman-dreny (aînés) en visite, et ça les Malgaches sont naturellement capables de le faire sans avoir à jouer la comédie ». L’authenticité, telle est bien le maître mot de cet enseignant à l’INTH (Institut national du tourisme et de l’hôtellerie) qui entend également mettre l’accent sur le tourisme national. « Je constate que les opérateurs touristiques qui travaillent avec la clientèle locale ont survécu à toutes les crises. C’est loin d’être le cas de ceux qui dépendent de l’étranger … »

Toutes ces approches l’ont amené à intégrer un vaste réseau de couchsurfing, terme anglais traduisant l’idée de « passer d’un canapé à l’autre ». Il s’agit tout simplement d’assurer un service d’hébergement temporaire de personne à personne, via un service en ligne fonctionnant sans aucune publicité, uniquement par le bouche à oreille. « On accueille chez soi, sur son canapé, un visiteur étranger et inversement on va pouvoir venir loger sur le canapé d’un autre membre du même réseau à l’extérieur », explique Ian Winkless. Pratique, non ? Ce service en ligne, c’est le réseau couchsurfing.org qui fonctionne depuis 2002. Pour la seule capitale de Tana, Ian Winkless a pu constituer un réseau de 600 personnes acceptant de recevoir des visiteurs. « Les couchsurfers laissent bien plus

d’argent que ceux qui partent en voyage organisé. Mes derniers visiteurs ont été un pasteur américain de 81 ans et un couple d’Américains venus voir les baobabs. Des gens passionnants se définissant comme des touristes responsables », fait-il valoir.

Il déplore également la barrière de la langue qui est un frein puissant à l’extension du tourisme. Peu de gens s’expriment parfaitement en français et encore moins en anglais dès qu’on sort de la capitale. Pour lui, jouer davantage la carte de l’anglais devrait être une évidence alors que Madagascar est riverain de pays anglophones : Maurice, Seychelles, Afrique du Sud, Kenya, Tanzanie) parlent anglais. Tout aussi mordante sa critique des écolodges « à la mode » où il suffit « d’installer deux panneaux solaires pour se qualifier comme tels, alors que rien n’est fait par ailleurs dans le sens du développement durable ». et d’asséner à l’envi cette terrible vérité : « Un touriste qui est prêt à payer un mois de son salaire pour voyager ne va pas quitter l’Europe pour se retrouver face à une copie d’Europe. Lui garantir le dépaysement c’est d’abord lui offrir un accueil unique et conforme à la culture du pays qui le reçoit. » A bon entendeur !

Ian Winkless : 033 80 581 86 – ian@alahary.com

Joro Andrianasolo

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