Hexagone : Soavina Ramaroson, « Heureux n’importe où »
3 juillet 2014 - Cousins-cousines DiasporaNo Comment   //   3868 Views   //   N°: 54

Soavina Ramaroson, 37 ans, vit à Paris depuis vingt années — et pas une ou presque sans retour au pays. Natif d’Ankadifotsy, ce Maître Jacques est un authentique touche-à-tout : architecte, New Media Editor, photographe, capoeiriste… Ce qui le définit le mieux ? La célèbre formule du poète latin Juvénal : « Un esprit sain dans un corps sain. » 

En 1994, l’adolescent « turbulent » intègre une classe préparatoire à Orléans : « Étudier en France n’est pas un choix. Pour entreprendre des études supérieures un peu extraordinaires, il faut sortir de Madagascar. Avec diplomatie, on peut dire que Madagascar est francophone ; c’est donc en continuité naturelle ». Son frère, arrivé deux ans plus tôt, occupe une chambre de 9 m², en Cité Universitaire, en banlieue parisienne. Soavina le rejoint le week-end avant de prendre pension chez les Lazaristes, rue de Sèvres à Paris. À Madagascar, Soavina n’a jamais côtoyé un Européen : « Il y avait une frontière. Le vazaha c’était le patron ». En France, il perd rapidement ses a priori : « En étudiant sur les mêmes bancs, en Maths Sup, j’ai réalisé que les Européens étaient des hommes comme nous ». Sa socialité facilite son intégration ; jamais il ne souffre le moindre rejet. Paris lui apprend surtout l’humilité : « Plus de chauffeur, de cuisinière, de femme de ménage ».

Le décès de sa mère, en 1998, l’oblige à grandir à la hâte : « J’ai commencé à travailler à temps partiel dans un fast-food puis à temps plein comme moniteurétudiant en informatique ». Très vite « happé par le système », il se fait « gratteur de plans » dans un cabinet d’urbanisme pendant cinq ans avant d’exercer en freelance. Soavina ne se sent pas d’affinités particulières avec la communauté malgache ; lui préfère le sport et la culture locale aux soûleries de fin de semaine, mais n’en est pas moins engagé pour son pays : il consacre son mémoire d’architecture à la requalification urbaine d’Isotry. Et ses photos diagnostics auront un succès inattendu : exposées à maintes reprises, notamment à Bamako où il rencontre le photographe Sébastien Cailleux avec lequel il participe encore aux actions de l’association École d’art au village auprès d’enfants (France, Éthiopie…) afin de leur faire redécouvrir leur patrimoine culturel.

Aujourd’hui, Soavina est New Media Editor pour 7 post, un magazine de mode en réalité augmentée, fondé avec Jean-Baptiste Pauchard, un ami rencontré chez les Lazaristes. Les acolytes n’en sont pas à leur coup d’essai : ils ont collaboré au magazine 7000 et croisé des photographes célèbres comme Peter Lindbergh ou Ellen von Unwerth. L’avenir ? — « Ailleurs. Beaucoup pensent qu’on vit mieux à Paris. Cette idéalisation de l’Occident est due à une colonisation par l’image ». Curieux de nature, lui serait « heureux n’importe où ». La question d’un retour à Madagascar « se pose depuis quelques années. Je suis le dernier de ma famille ici. Si je rentre c’est pour y travailler sur l’urbanisation qui est une nécessité urgente ». 

 

Texte et photo : Christophe Gallaire

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