Herizo le taxi-moto : « Je ne roule pas sur l’or ! »
14 septembre 2016 - Métiers commentaires   //   2294 Views   //   N°: 80

Adaptation tanarivienne de Joe le taxi, mais sur deux roues, Herizo est taxi-moto depuis deux ans. Rhum, mambo, saxo ? Son quotidien est plutôt de se faufiler dans les embouteillages pour faire mieux que taxis et taxis-be. Lesquels, forcément, voient d’un très mauvais œil cette nouvelle concurrence, non mais.

« Joe le taxi / C’est sa vie / Dans sa caisse / La musique à Joe / C’est la rumba. » Remplacez Joe par Herizo, caisse par moto, rumba par salegy et vous avez le portait d’un Joe on ne peut plus tananarivien. Contre toute attente, ce jeune père de 32 ans est diplômé en économie mais a choisi de travailler à son propre compte comme conducteur de taxi-moto. Une activité très en vogue à Tana, notamment dans la partie sud, entre Anosy et Iavoloha. Avec sa bécane – une 125 centimètres cubes très ordinaire – il sillonne les rues à la recherche du client qu’il installera derrière lui. Rien ne permet de reconnaître en lui un taxi, souvent il doit faire un signal quand il croise un piéton pressé. « Taxi ! », lance-t-il, en faisant un gros appel de phare. Sinon, comme ses collègues, son point d’ancrage, sa tête de station on va dire, est du côté du IVe Arrondissement à Andrefan’Ambohijanahary.

Ses clients sont pour beaucoup des gens lassés de devoir piétiner des heures sur le bitume en attendant leur taxi-be pour se retrouver ensuite coincés dans les embouteillages au milieu des odeurs d’aisselle et des pick-pockets. « Je prends une taxi-moto quand j’ai hâte de retrouver mon lit après une journée épuisante. En deux temps, trois mouvements, je suis chez moi », explique Irinà, cadre dans une société commerciale à Ampefiloha. Certes, c’est plus cher que le transport en commun : 7 000 Ar en moyenne la course, mais moins cher que le taxi classique et surtout plus rapide !

Seul hic, Herizo et ses collègues sont dans l’informel. Une situation plus subie que voulue quand, en 2014, les taxis et les compagnies de bus ont fait une manifestation pour demander la suppression de ce transport public qui venait de naître. La sécurité des passagers avait été évoquée, mais aussi la question fiscale et la concurrence déloyale. Depuis, l’affaire est restée classée « sans suite ». « Nous sommes informels, mais nous ne demandons que ça, d’avoir pignon sur roue. Nous rendons service à beaucoup de gens et nous n’avons pas à être les otages des syndicats des gros transporteurs », martèle Herizo, ajoutant qu’il n’a jamais eu d’accident avec un client à bord.

Cela fait deux ans qu’il fait ce job. Il a toujours eu une moto dans son garage mais pas toujours de travail et donc d’argent pour se payer l’essence pour la conduire. En somme, avec ce job, il joint l’utile à l’agréable, arrivant à se faire en moyenne six courses dans la journée. Son carburant et ses casse-croûtes soustraits, cela lui fait tout de même 15 000 Ar dans la poche quand il rentre le soir. De quoi faire bouillir la marmite et même plus. « Conduire un taxi-moto ne te rendra pas riche. Je fais ce travail juste pour pouvoir nourrir ma famille et envoyer mon fiston dans une bonne école. » Malgré tout, sa passion pour les bécanes est intacte ; son rêve : acheter un jour une grosse cylindrée pour participer à une grande classique comme les 4 heures Honda. Comme dirait Joe le taxi, le rhum et le mambo, il n’y a pas que ça dans la vie !

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