Gad Bensalem : Passeur de mots
8 juin 2020 - Cultures commentaires   //   151 Views   //   N°: 123-125

L’art de la scène, il maîtrise. L’art de la parole également. Gad Bensalem est poète, slameur, comédien et dernièrement metteur en scène. Ce qui l’anime, cette sensation de liberté, même si cela semble un peu cliché.

Sorti de l’École normale supérieure avec son diplôme d’enseignant, Gad Bensalem a néanmoins choisi de ne pas exercer. « J’ai décroché mon diplôme pour rassurer mes parents. Je suis issu d’une famille paysanne. Mon père, bien qu’il soit né à Tana, a grandi dans la brousse d’Ambatondrazaka tandis que ma mère vient de la brousse de Manjakandriana. Moi, je suis arrivé à Tana à l’âge de 15 ans, sans vraiment avoir de repères. » C’est durant ses années universitaires, en 2009, qu’il découvre le slam et le théâtre qui font partie de son cursus. Pendant quatre ans, il squatte toutes les scènes par amour de l’écriture mais surtout de la langue française. « Je me souviens d’une soirée où nous avons passé 24 heures à écrire avec l’écrivain Jean-Pierre Haga. »

En 2012, il intègre la Compagnie Miangaly Théâtre et deux ans plus tard devient le président de Madagaslam. Après avoir fait ses propres expérimentations, Gad écrit son premier spectacle Naïf en 2017, au côté de la danseuse contemporaine Judith Manantenasoa. Il aime à réfléchir sur la façon dont peuvent se rencontrer les différentes formes artistiques. « La danse exprime ce qui ne peut être dit par les mots et Judith réussit à le faire avec brio. Elle arrive à te mettre en situation de réflexion permanente à travers ses mouvements. » En février dernier, il se lance dans un exercice complexe en devenant metteur en scène pour le spectacle La Planète des songes.

Avec deux autres slameurs, Système D et Tagman, ils ont combiné textes, vidéos, photos et ambiances sonores. Quant aux thèmes, il soulève des questions qui lui semblent bonnes à poser dans la société malgache actuelle. « L’artiste actuel est là pour raconter l’histoire de son pays, de son territoire, le monde dans lequel il vit. Quand je parle de territoire, je parle de Madagascar mais aussi de l’océan Indien et les rapports que nous entretenons entre les peuples. Quand j’écris, il y a toujours des références culturelles malgaches. J’aime raconter tout ce qu’il y a de contradictoires à Madagascar. »

Par exemple, dans Naïf, il a choisi comme un des personnages principaux le Professeur Albert Rakoto Ratsima- manga, une figure incontournable du pays, et dans son prochain spectacle, c’est Remenabila, le dahalo (voleur de zébus), l’anti-héros par excellence. Gad est convaincu que l’art de la scène est d’utilité publique. Raison pour laquelle, il veut aller au- devant des jeunes dans les établissements scolaires. « Nous vivons dans une époque où nous sommes envahis par des informations venues de l’étranger. Les jeunes perdent leurs repères. J’essaye de me mettre au milieu pour leur montrer que nous avons aussi nos propres valeurs cultu- relles. Je suis un passeur de mots en quelque sorte. Je crois en la force de la parole. »

Gad Bensalem est toujours en pleine ébullition créative. Il prépare la mise en place scénique de son prochain spectacle Aomby dont la sortie officielle est prévue pour le mois d’octobre prochain. « C’est un voyage entre Tana et Toliara, rempli de péripéties avec des malaso et des dahalo, et on bifurque ensuite vers le Sud-Ouest pour raconter l’histoire de Remenabila. Je vais allier l’art numérique et le spectacle vivant car je compte travailler avec le studio Lomay qui a sorti le jeu vidéo Dahalo. Nous abordons la même thématique du grand banditisme du Sud. » En parallèle, il travaille avec Judith Manantenasoa dans la co-écriture et la scénographie d’une pièce qui s’intitule L’interprète. Le spectacle Zanaar avec la Cie Karanbolaz de la Réunion, dont il est membre, rempli les salles. Avec la Cie Miangaly Théâtre, ils prévoient des résidences artistiques. On peut dire que pour cette année Gad Bensalem affiche complet.

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