Esther Randriamamonjy : Un demi- siècle bien rempli
2 février 2013 - CulturesNo Comment   //   4086 Views   //   N°: 37

Poète, romancière, dramaturge, elle est l’auteure d’une magistrale traduction en trois volumes des « Misérables » de Victor Hugo. Et comme son modèle, une « géante inspirée » survolant plus d’un demi-siècle de littérature malgache.

Un sondage de l’Association des éditeurs de Madagascar (AEDIM) l’a consacrée en 2012 « auteur le plus lu par les enfants en bibliothèque ». Une vraie satisfaction pour Esther Rasoloarimalala Randriamamonjy dont cette année marque les 55 ans au service des Lettres malgaches. Une oeuvre monumentale d’une soixantaine de titres qui se décline en romans, pièces de théâtre, contes, poèmes, essais, traductions, essentiellement écrits en malgache. Certains de ses romans comme Ho avy ny maraina (Le matin viendra ) ou Trano rava (La maison en ruines) ont été traduits en Russie avec des tirages avoisinant le million d’exemplaires, chose impensable ici ! Il faut dire que c’est un pays qu’elle connaît bien, ayant vécu onze ans à Moscou avec son mari ambassadeur, à l’époque de l’URSS. Elle en ramènera une importante Anthologie de la poésie classique russe en version bilingue russe et malgache.

Comme la comtesse de Ségur (autre personnalité ayant beaucoup à voir avec l’âme slave, puisque née Rostopchine), cette grand-mère « modèle », aïeule de neuf petits-enfants, adore aussi écrire des histoires pour la jeunesse. Sodin’i Solofo est un grand classique du genre, de même que ses adaptations des contes traditionnels de Ny Tantaran’ny Andriana. Il lui arrive aussi d’aller voir dans les domaines étrangers. Ainsi des contes d’Adolphe Daudet qu’elle a traduits directement en malgache, « histoire de prouver que notre langue est capable de rendre toutes les nuances d’une prose aussi chantante que celle de La chèvre de M. Seguin ».
Son oeuvre de traduction la plus impressionnante n’en reste pas moins Ireo fadiranovana (Les Misérables) en trois volumes ! Un véritable tour de force, à l’image de ce « monstre sacré » qu’a été Victor Hugo pour lequel elle professe la plus totale admiration. « Il déborde de son siècle : on ne voit que lui en littérature, en politique, avec des idées toujours actuelles », estime-t-elle. Sa passion pour Hugo – elle-même parle de « grand amour » – commence quand elle tombe toute petite sur Les Misérables trouvés en ouvrant un placard. « Après quelques pages seulement, j’étais conquise. Plus d’un demisiècle après, c’est un livre que j’ouvre toujours avec émotion. » Et ce n’est pas faute de l’avoir lu et relu des dizaines de fois, alors qu’elle en faisait la traduction ! « La nuit, je n’en dormais pas, c’est comme si Hugo me hantait », se souvient-elle. On sait que l’exilé de Guernesey avait l’âme spirite… Esther poussera la « dévotion » jusqu’à visiter sa maison natale à Besançon. « J’aurais aimé m’incliner sur sa tombe au Panthéon, Malheureusement je n’en ai pas eu l’occasion », confie-t-elle. Ce qui s’appelle être fan !
Du père Hugo, elle a en tout cas la même boulimie pour les mots et le même sens de l’effusion lyrique. « La littérature est un don. Quand on l’a dans le sang, elle ne peut que couler à flots », estime-elle, se rappelant les nombreux concours nationaux de poésies auxquels elle a participés quand elle était enfant, et souvent remportés. Son père qui enseignait l’anglais dans une école confessionnelle lui a donné le goût pour un autre géant des lettres : Shakespeare. Mais cela est une autre histoire.

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